30 décembre 2008 à 15h45
En théorie, la Région n'a pas pour mission de s'occuper de sport. Dans la pratique, l'institution régionale met pourtant la main à la poche. Et de manière suffisamment significative (15 à 20 millions d'euros par an) pour qu'on s'y intéresse. Les questions ne manquent pas : où va cet argent ? Au service de quelle politique ? Quels sont les dispositifs de subventions ? Les conditions d'attribution ? Les mécanismes de répartition ? Où se situe la Bretagne dans le paysage hexagonal ?
Le budget spécifique des sports (partie inférieure de l'infographie ci-contre) ne représente qu'une petite partie de la dépense sportive régionale totale (partie supérieure de l'infographie), dont voici le détail des principaux postes.
LYCÉES. Les aides à l'EPS au lycée ainsi que les réfections d'équipements sportifs appartenant aux établissements et les locations -aux villes notamment- d'équipements utilisés par les lycées (piscines), viennent en tête.
SPORTS. Lire le détail dans l'infographie.
TERRITOIRES. Dans le cadre des contrats signés avec ses 21 pays, la région intervient dans la réalisation ou la rénovation d'équipements structurants (salles, piscines, bases nautiques etc.).
FORMATION. La région aide les organismes de formation, tant publics que privés. Elle contribue également au financement de stages régionaux.
TOURISME, COMMUNICATION. La Bretagne communique à travers le sport, notamment par le biais des grands événements (ex : départ du Tour de France 2008) ou en subventionnant des associations contribuant au développement touristique de la région.
EMPLOI. Aux formes traditionnelles d'aides (dégressives sur quatre ans) permettant notamment l'embauche de personnel administratif, la région a ajouté un dispositif permettant de créer des postes de techniciens « développeurs ». 25 embauches ont été générées par ce biais depuis 2004. Mais pas pérennisées (les aides sont là encore dégressives) comme le réclament les ligues.
Avec les limites de l'exercice, l'association des cadres territoriaux du sport des conseils régionaux a comparé les dépenses sportives régionales en 2005. Cette étude situe la Bretagne dans la moyenne.
Ce « palmarès » a été réalisé à partir des « budgets consolidés » des sports : au-delà des budgets « spécifiques » relevant de la politique sportive, il regroupe l'ensemble de la dépense sportive, ainsi que détaillé page précédente.
Dans la moyenne
La Bretagne apparaît dans le peloton de tête (6 e sur 22) en valeur avec 19 millions d'euros investis, mais recule (10 e ) à la dépense par habitant. Avec une dépense de 6,61 EUR par habitant, elle se situe juste au-dessus de la moyenne nationale (6,45), loin du Limousin (13,50), véritable leader national derrière la Corse (39,20 !) et son statut spécifique. Pour objectif qu'il soit, ce marqueur financier ne traduit que partiellement le volontarisme des régions. D'abord parce que celles-ci ne maîtrisent que très rarement l'effectivité et le calendrier des dépenses d'investissement lourd (constructions et rénovations d'équipements) auxquelles elles apportent leur concours (*). Et parce que la réalité des besoins -état du parc immobilier- peut être très variable d'une région à l'autre.
Peut mieux faire
Si l'on circonscrit l'étude aux seuls budgets spécifiques des sports, on comprend mieux l'idée, largement répandue dans les milieux sportifs bretons, selon laquelle l'herbe serait plus verte ailleurs. Ainsi, les Pays de la Loire, avec des caractéristiques principales comparables (890.000 licenciés contre 800.000 à la Bretagne ; 26 pôles France ou espoir contre 24) affichent-ils un budget spécifique deux fois supérieur et un effort en direction du haut niveau multiplié par trois ! (*) Ce qui explique notamment que la Bretagne ait présenté un budget de 15,5 millions d'euros seulement en 2006 après avoir affiché 19,2 millions l'année précédente.
EMPLOI-FORMATION. Un centre de ressources et d'expertise des sports sera créé en partenariat avec l'état. Cette structure immatérielle, présentée comme une « mise en réseau de matière grise » (services de la région, de Jeunesse et sports, universitaires etc.), aura pour première mission d'évaluer l'adéquation entre l'emploi et la formation dans la filière sportive. L'idée est de mieux appréhender le gisement d'emplois que représente le sport.
UN CHÈQUE SPORT POUR LES JEUNES. Dès 2008, un chèque sport, sur un modèle comparable au chèque livres destiné aux lycéens, devrait être mis en place. Si le public (les jeunes de 15 à 18 ans) semble défini, les modalités -notamment de contrôle- de cette aide individuelle (participation à la licence ? A l'achat de matériel sportif ?) ne sont pas arrêtées.
Quatre-vingt-douze euros par kayakiste contre un peu moins de trois par basketteur : présentée de manière aussi lapidaire, la répartition de l'effort budgétaire régional entre les différents sports paraît inégalitaire. Mais... Il faut dépasser le constat un peu simpliste pour noter que les sports nécessitant des équipements lourds (bases nautiques, anneaux cyclistes, stades, salles etc.) occupent les premières places du classement. Pour cette même raison, la course d'orientation ou le triathlon, qui se disputent sur le domaine public et sans faire appel à des équipements collectifs onéreux (au contraire de la voile par exemple) n'entreront jamais dans le top 10.
Trois chouchous « identitaires »
Il faut également tenir compte des variations annuelles. En 2006, la plongée sous-marine doit son classement flatteur à un effort exceptionnel réalisé pour l'achat d'un bateau pour le centre fédéral de Trébeurden. Quant au canoë-kayak, il doit sa place de numéro 1 aux investissements réalisés au pôle France de Cesson. Pour le reste, la photographie est assez constante : ceux qui apparaissent dans ce top 10 y ont un abonnement longue durée, au contraire du tennis et du judo, pourtant respectivement deuxième et quatrième sport les plus pratiqués en Bretagne. Une situation qui changera le jour où les judokas obtiendront l'extension de leur dojo régional. De manière constante, la région a toutefois ses « chouchous », au nombre de trois : la voile (13.500 pratiquants), le gouren (1.450) et le cyclisme (9.100). La justification serait « identitaire ». C'est incontestable s'agissant du gouren, passé du budget de la culture à celui des sports sans rien perdre de ses rentes. Quant à la voile et au vélo, un petit coup de géographie et un trait d'histoire suffisent à les faire entrer dans la fameuse case.
Pendant 18 ans, sous les présidences d'Yvon Bourges puis de Josselin de Rohan, Bernard de Cadenet a été le « Monsieur sports » de l'ancienne majorité. S'il revendique avoir « initialisé » la politique sportive régionale, au prix de « batailles » avec ses présidents successifs, peu enclins à s'emparer de la question sportive, l'ex-élu RPR reconnaît sans mégoter le bond en avant effectué depuis 2004.
« Quels objectifs ? »
« Je constate que la volonté politique de Jean-Yves Le Drian dans ce domaine est beaucoup plus claire. Ce que nous avions commencé à mettre en place a connu un développement assez fort. Ce qu'ils font va dans le bon sens ». L'élu UMP Loïck Le Brun, qui suit aujourd'hui « entre autres » les dossiers sportifs au sein de l'opposition, est plus critique. Son groupe a pourtant voté la politique sportive, il reconnaît qu'« il y a eu un développement » et la direction prise ne le rebute pas (« s'il y avait eu une continuité de majorité, on aurait évolué dans ce sens »). Cependant, il formule deux questions critiques : - « Était-il opportun de mettre énormément d'argent sur une équipe cycliste ? ». - « Veut-on doter la Bretagne d'infrastructures sportives de qualité ? Veut-on avoir une forte délégation aux Jeux Olympiques ? On ne nous a rien dit des objectifs. Difficile dès lors de faire ensuite le bilan ».
Au motif « qu'il n'y avait rien avant », expression employée par plusieurs d'entre eux, tous les présidents de ligue interrogés sont relativement satisfaits des efforts accomplis depuis 2004 ainsi que des orientations prises. Mais l'unanimité se fait également pour réclamer davantage.
Lucien Thomas (président du Comité Régional Olympique et Sportif) : « Il n'y avait rien avant, donc je ne peux que soutenir Daniel Gilles. Mais on peut faire beaucoup mieux. Par rapport à d'autres régions de France, il reste du chemin à parcourir. Mais bon, ils avancent vers leur promesse de consacrer 1 % au sport à périmètre constant. Ce n'est pas le cas de l'État qui vient de soustraire 32 millions d'euros au FNDS pour en faire cadeau aux clubs professionnels. Maintenant, ce qu'on voudrait c'est qu'on nous aide à pérenniser nos emplois et à garder nos sportifs de haut niveau, qui s'en vont les uns après les autres vers d'autres ligues plus riches ».
Jo Guéguen (cyclisme) : « Il faudrait être aveugle ou sourd pour ne pas se rendre compte qu'il y a eu un changement. Auparavant, il n'y en avait que pour la culture ».
Yves Lorcy (canoë-kayak) : « C'est clair, on a vu le changement. Avant, il y avait de petites choses, mais jamais de réunions. Là, on est informé et les aides ont augmenté. On est par exemple financé à 50 % sur le matériel acheté, ce n'est pas rien ! Le projet de maison des ligues nous arrange également, comme la plupart des petites ligues : actuellement, on est dans un garage ! Donc, pour le moment, on est content. Maintenant, je suis un peu sceptique par rapport au chèque sport. Vu la masse d'argent que ça peut représenter, il aurait mieux valu privilégier l'aide aux instances pour pérenniser les emplois ».
Jean-François Hubert (gouren) : « En tant que sport breton, on a un accueil positif depuis des années. Avant, nous étions dans la culture. Maintenant, nous sommes dans le sport. Le conseil régional nous verse une subvention de fonctionnement de 70.000 EUR. Il y a aussi davantage d'écoute et de relations. Il y a une politique de projets davantage que de soutien de base. Maintenant, ce que nous demandons, ce sont des contrats pluriannuels pour travailler dans la sérénité. Quitte à rendre plus de comptes ».
Yvon Cléguer (judo) : « J'ai longtemps critiqué la politique sportive de l'équipe précédente. Aujourd'hui, je suis ravi de ce que fait la nouvelle, avec Daniel Gilles à sa tête. Je suis satisfait des nouvelles aides mises en place, même s'il n'y a jamais assez. En fonctionnement, on a 15.500 EUR. Avant, il n'y avait rien, alors on ne va pas faire les difficiles. Et 50 % pour le matériel, c'est extraordinaire ! J'espère que ça va durer. Maintenant, ils sont frileux sur l'aide aux organisations. Idem pour les aides à la formation ou aux déplacements. Quant à l'aide au haut niveau, elle n'est pas suffisante : elle est limitée aux athlètes sur les listes. Or, ceux-là sont déjà aidés et je considère que c'est avant qu'il faut les aider ».
- Quel sera le coût de l'opération Tour de France 2008 ? « Nous sommes neuf partenaires. La région prend la moitié du ticket d'entrée, soit environ 650.000 euros et des dépenses de communication, de l'ordre de 500.000 euros. Ce sera le grand événement de 2008, comme l'était la Breizh Touch en 2007 ».
- Comment justifiez-vous l'investissement de la région dans une équipe cycliste professionnelle, à hauteur de 300.000 EUR par an ? « Le cyclisme est un sport identitaire pour la Bretagne. On estime qu'il est un bon vecteur de communication. Par ailleurs, tout cela a une histoire : la meilleure équipe amateur était en Bretagne et voulait passer un cran au-dessus ».
- Le cyclisme, la voile et le gouren sont particulièrement favorisés, au regard du nombre de leurs pratiquants. Pourquoi ? « Honnêtement, on aide tous les sports. Le cyclisme et la voile apparaissent comme deux sports identitaires. C'est également le cas du gouren. Tout cela ne me choque pas. Je pense que ça correspond à la réalité bretonne ».
- Quels sont les marqueurs de votre politique sportive ? « Les politiques publiques sportives, ce sont des aides financières en relation avec le réel. D'un côté, des pratiques individuelles, éducatives, sociales. De l'autre, des pratiques qui renvoient à une économie, avec le sport spectacle. Face à cette réalité, nous essayons de sérier un certain nombre de dispositifs qui nous conviennent ».
- Vos contradicteurs parlent de saupoudrage... « C'est la politique ! Si tu enlèves les aides existantes, on te crie dessus. Si tu les maintiens et que tu en crées de nouvelles, on dit que tu saupoudres. D'une manière générale, j'ai essayé d'élargir et optimiser les aides existantes, et de rendre plus clairs et plus justes les critères. Les dispositifs sont variés, mais tous ont de l'intérêt : aider le haut niveau, aider à la contractualisation, développer l'emploi et la formation, aider les événements... »
- Les clubs ont parfois du mal à conserver leurs meilleurs éléments. Que peut faire la région ? « Certains cherchent absolument à avoir les meilleurs, en misant de l'argent sur eux. Est-ce qu'il faut exacerber ça ? Je n'en suis pas sûr... L'institution régionale n'est pas dans ce schéma-là ».
On ne connaît pas toujours l'odeur de l'argent irriguant l'économie du sport en France, mais on en sait un peu plus sur ses deux couleurs dominantes : il est privé à 60 % et donc public à 40 %. Autant dire qu'au sein du mille-feuilles administratif français, de l'Etat à la plus petite commune, les guichets ne manquent pas où frapper pour tenter d'obtenir une subvention. Dans ce paysage, la Région, la bretonne comme les autres, est un acteur modeste. De moins en moins cependant. Ayant sans doute mieux apprécié l'air du temps que la précédente, l'équipe élue en 2004 a résolument allongé la foulée. Elle n'a pas encore atteint son objectif de consacrer 1 % du budget à périmètre constant d'ici 2010, mais elle s'en approche. Le contraste, par rapport à l'ère précédente est ressenti de façon telle dans les milieux sportifs régionaux que même ce qui peut apparaître comme un fait du prince - le sponsoring de l'équipe cycliste - n'est relevé que de façon marginale par les autres disciplines. Au sein des ligues régionales, la quasi-unanimité se fait en effet pour louer les progrès enregistrés. Il est question d'argent, mais aussi de méthode. Daniel Gilles, vice-président en charge des sports, n'a pourtant rien inventé. Simplement pris un peu de temps pour écouter. Ouvert également de nouveaux « guichets » à subventions, régis par des critères aussi clairs que publics. Pour utiliser un des adjectifs préférés du « ministre des sports » breton, cet arrosage tous azimuts reste « modeste ». Pour en reprendre un autre qui lui est aussi cher, il est « populaire », c'est-à-dire davantage tourné vers la pratique de la masse que vers le développement de l'élite.
La Région aide « le niveau régional ». Un critère appliqué tant aux équipements qu'aux différentes aides.
INVESTISSEMENTS. La région a beaucoup communiqué sur les quatre « grands équipements structurants », un par département, qu'elle a décidé d'aider lourdement (à hauteur de 30 % dans la limite de 5 millions d'euros) : les futurs vélodrome couvert de (la région de Lorient), stade d'athlétisme couvert de Ker Lann (Rennes), grande salle de sport (Brest) et base régionale de sport nature (lac de Guerlédan).
ÉVÉNEMENTS. Environ 200 événements de dimension au moins régionale (championnats, meetings etc.) sont aidés chaque année.
HAUT NIVEAU. Environ 200 sportifs de haut niveau sont aidés à titre individuel (de 400 à 3.000 EUR par an). L'aide est également collective : en direction des pôles espoirs, et depuis cette année des « clubs phares » dans les disciplines collectives (à l'exception du football professionnel). Dans ce cadre, trois clubs féminins de basket (Pleyber-Christ), handball (Arvor 29 - Brest) et football (Stade briochin) vont rejoindre en 2008 les six clubs labellisés en 2007 « Centres d'entraînement et de formation des clubs » : GV Hennebont (tennis de table), UJAP Quimper, Étendard Brest (basket), OC Cesson (handball), Saint-Brieuc Goëlo, Rennes EC (volley).
AIDES DIVERSES. Des contrats de développement signés avec les ligues aux aides aux déplacements destinées aux clubs (environ 200 actions aidées par an) en passant par le financement d'achat de matériel à hauteur de 50 %, il existe, pour les clubs et surtout les ligues, quantité de « guichets » pour obtenir des aides régionales. A voir sur le site de la région, www. region-bretagne.fr.
