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Abus sexuels. Le sport en terrain miné

30 décembre 2008 à 15h45

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Comme tous les milieux où se côtoient enfants et adultes, le monde du sport est touché par des affaires d'atteintes sexuelles. Un peu ? Beaucoup ? Suffisamment pour que le gouvernement prépare un plan spécifique de lutte. Roselyne Bachelot le présentera vendredi.

« Un plan contre les abus sexuels dans le sport ? Pendant ce temps-là, on ne parlera pas du pouvoir d'achat ! » ironise un vieux dirigeant. Comme la plupart de ses collègues, il ne voit pas là une problématique majeure pour le monde du sport.
« Ce ne sont pas des dossiers rares »
La ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports est sur une autre ligne. Interpellée par l'affaire Demongeot (*), Roselyne Bachelot a décidé de s'attaquer au problème. En attendant la finalisation de son plan, elle a, dès cet été, recommandé aux fédérations de cesser d'ignorer le phénomène. La consigne n'a manifestement pas atteint l'échelon régional. Même la Ligue de Bretagne de tennis, un sport qui a pourtant communiqué sur le sujet au niveau national, n'a rien reçu. Son président, Antoine Ripalda, n'en est ni surpris ni choqué : depuis 35 ans qu'il est au coeur du tennis breton, comme conseiller technique régional (CTR), puis comme président, « il n'y a, dit-il, jamais eu de problème à ma connaissance ». Les trois derniers mots comptent. Car les « affaires » ne remontent pas toujours. Pourtant, en sollicitant un peu la mémoire collective des acteurs du sport et des milieux judiciaires, on en trouve sans peine. « Ce ne sont pas des dossiers rares », témoigne un avocat. La plupart des « dossiers » sont générés par une plainte unique. Mais il arrive que l'enquête révèle l'existence de victimes multiples. Au moins trois clubs bretons ont eu à en souffrir au cours des douze dernières années.
Autant les garçons que les filles
Les victimes ne répondent à aucun portrait-robot : ce sont aussi souvent des garçons que des filles, et tous les sports sont touchés. « Ce n'est pas le sport qui est en cause. Il y a des personnes pour qui le meilleur moyen d'assouvir leurs besoins consiste à encadrer dans le milieu sportif », résume un avocat. Quant aux auteurs, présumés ou avérés, ils sont bénévoles ou salariés, éducateurs ou dirigeants. Un CTR a ainsi été condamné en 2003. De même qu'un président de ligue dans les années 90. Au cours de l'instruction, alors qu'il avait été « seulement » mis en examen, un vote au sein du comité directeur s'était traduit par son maintien. « Aujourd'hui, ce ne serait plus possible », espère une dirigeante qui avait milité pour sa destitution et qui avait très mal vécu la décision majoritaire.
Libérer la parole des victimes
Les grandes affaires largement médiatisées, depuis une douzaine d'années, ont permis de libérer la parole des victimes et de faire évoluer les mentalités. « On lave de moins en moins son linge en famille. On ne se repasse plus le mistigri », se félicite Jean-François Coquand, le directeur régional de Jeunesse et sports.
« Protégez-vous ! »
Mais parfois les choses ne sont pas simples. Chaque dirigeant a en tête l'histoire d'un accusé « sans preuve ». Avec une voix chargée d'émotion, un condamné témoigne : « J'ai été inculpé en 1997 de viol sur mineur de 15 ans. En 2003, j'ai été condamné à cinq mois avec sursis pour attouchement. Je n'ai aucune interdiction d'entraîner des jeunes. Mais j'ai été détruit ». Sans juger du cas d'espèce, la douleur de l'innocent, accusé à tort, est aussi poignante que celle de la victime. Elle génère une peur omniprésente dans le mouvement sportif. « Protégez-vous ! » martèlent les dirigeants à leurs cadres techniques. Le monde du sport sait qu'il ne sera jamais à l'abri des prédateurs. Mais il a compris qu'il devait se donner les moyens de prévenir les dérapages générés parfois par une trop grande proximité et un surinvestissement affectif. * L'ancienne championne de tennis accuse son entraîneur d'avoir abusé d'elle dans les années 80. Seules deux plaintes, sur la dizaine déposées, ont été jugées recevables, les autres étant prescrites. L'instruction est en cours.

  • Benoit Siohan

Une affaire tristement exemplaire

La trop grande proximité entraîneur-entraînée. L'aveuglement des parents. L'indifférence d'une grande partie du milieu. Récit d'une affaire que l'épilogue judiciaire, apporté dix ans après les faits, n'a pas complètement réglée. La Justice a qualifié les faits d'« attouchements sexuels ». La jeune championne, meilleure Bretonne de sa classe d'âge, avait 12 ans en 1996. Son entraîneur, 24 ans. À la barre du tribunal correctionnel, dix ans plus tard, il dira : « J'étais proche d'elle. Une complicité s'était installée au fil des compétitions. J'aurais dû mettre des limites, mais j'avais des sentiments ».
« Il était apprécié des parents »
La souillure, le sentiment de honte, elle les a portés toute seule pendant quatre ans avant de se confier à un cadre technique du pôle espoir de Rennes. Ce dernier lui a alors conseillé « d'en parler à ses parents et d'aller à la gendarmerie avec eux ». Ne trouvant pas la force de le faire de vive voix, c'est au moyen d'une lettre que la jeune fille finira par s'ouvrir à ses parents de la blessure qui la rongeait depuis quatre ans. Mais au lieu du refuge espéré, elle se heurtera à un mûr. L'entraîneur incriminé, formateur à la compétence reconnue, « était apprécié des parents. Il était reçu dans la famille », témoigne un familier. Pas question de porter plainte, donc !
« C'est difficile de faire la part des choses »
Après avoir été accompagnée médicalement et psychologiquement, la jeune femme finira par faire elle-même la démarche à sa majorité. Enquête, aveux. L'auteur est condamné à six mois de prison en 2006. Près de deux ans après, les principaux dirigeants de la ligue concernée affirment ne pas avoir eu connaissance de cet épilogue. L'affaire, en revanche, ne leur est pas inconnue. Le cadre technique les avait en effet alertés dès que la jeune fille s'était confiée à lui. Pour quelle réaction ? « Ah ! ah ! ah ! Bonne question... Franchement, ça ne les concernait pas ! ». Le président de l'époque se justifie mollement : « Quand il n'y a pas de plainte déposée, c'est difficile de faire la part des choses ». Et même après le jugement. Le président actuel : « Je n'ai jamais su s'il avait été condamné ». Le même, un peu plus loin : « Si quelqu'un revenait dans le circuit en tant qu'éducateur, je serais très vigilant ». Ce n'est pas le cas : l'intéressé, revenu en Bretagne après avoir un temps quitté la région, est « simplement » président de club.

  • B. S.

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