30 décembre 2008 à 15h45
« Les trimarans de 60 pieds sont morts, vive les Multi One Design 70 ! », pouvait-on entendre après la Transat Jacques Vabre 2007. En attendant l'arrivée des nouvelles F1 des mers, les multis 60 pieds sont toujours là : la grande majorité d'entre-eux est à vendre et ne trouve pas preneurs. Afin de supporter les coûts importants de leur immobilisation, certains préfèrent les louer à la journée. D'autres croient deviner qu'ils renavigueront bientôt...
Ils nous ont fait rêver les « Sodebo », « Géant », « Gitana », « Foncia », « Gitana » et compagnie ! Hélas, aujourd'hui, ils sont tous cloués au stand. A l'abri dans des hangars. Au ponton à attendre un acquéreur. Rarement en mer en tout cas. Pour n'avoir pas su (pas pu) reprendre le bon cap, la classe Orma s'est brûlé les ailes.
Le fantasme scandinave
Aujourd'hui, les trimarans Orma sont persona non grata. Les organisateurs de la Transat anglaise n'en veulent pas en 2008. « Et comme le fantasme de voir ces bateaux partir en Norvège ou en Suède a vécu.... Eh oui, la Nokia n'existe plus depuis deux ans », précise Franck David, directeur exécutif de l'Orma. Armateurs et sponsors, qui espéraient vendre les bateaux dans les pays scandinaves, ont vite déchanté. Que leur reste-t-il ? Passer des annonces dans des revues nautiques spécialisées : « A Vendre, trimaran de 60 pieds. Beau palmarès. Prêt à naviguer. Prix : NC ».
Idéal pour des relations publiques
Il n'y a pas véritablement de marché de l'occasion mais les prix des « Géant », « Foncia », « Sodebo » varient entre 1 et 1,2 million d'euros. Et les acheteurs ne se bousculent pas. « Ce n'est pas vraiment étonnant car si le coût d'achat est une chose, le coût de fonctionnement d'un multi de 60 pieds en est une autre, ajoute Franck David. Il y a aussi une part de risque à naviguer sur de tels engins. Surtout que personne ne veut les assurer... » Reste alors à utiliser les multis pour des relations publiques (lire ci-contre) : « Ces bateaux restent de bons supports de communication et d'excellentes vitrines pour les entreprises ».
Une retraite au chaud
A condition d'en avoir les moyens, la troisième solution consiste à les garder. Ce qui est le cas de « Groupama », « Banque Populaire » et « Gitana ». Soit trois équipages que l'on pourrait voir au départ de la Transat Québec - Saint-Malo ou sur le Record SNSM, seules épreuves où ils sont encore invités en 2008. Tous les trimarans de 60 pieds ne sont donc pas encore bon à mettre à la casse. Un jour peut-être, ils finiront comme plateformes à touristes dans les eaux chaudes des Antilles mais avouez qu'il y a pire comme retraite...
L'imbroglio juridique, qui oppose les Suisses d'Alinghi aux Américains d'Oracle sur les modalités de la prochaine édition, pourrait être tranché le 14 janvier par un tribunal new-yorkais. En attendant cette décision, plusieurs syndicats étrangers se sont intéressés de près aux trimarans de 60 pieds. Pourquoi cet intérêt soudain ? Tout simplement parce qu'il est fort probable que la prochaine édition se dispute sur des multicoques de 90 pieds. Or, les Anglo-Saxons n'ont pas une grande culture de ces engins-là. « Les Anglo-Saxons sont en train de se rendre compte que nos bateaux sont géniaux. Nous, cela fait 30 ans qu'on s'amuse dessus. Et comme ça semble bien parti pour que la prochaine édition se déroule sur des multis de 90 pieds... Aussi, plusieurs défis regardent actuellement de très près ce qu'il y a sur le marché. On peut très bien imaginer que nos trimarans leur servent de base de travail et d'entraînement », explique Michel Desjoyeaux. Depuis le retour de la Route du Rhum 2006, le trimaran « Géant » (dont il n'est pas l'armateur) est dans un hangar à Port-la-Forêt, « révisé et prêt à reprendre la mer si besoin... »
A défaut de les voir naviguer en course, des passionnés ont choisi d'utiliser les multicoques Orma comme outil de travail. C'est le cas de « Foncia » et de l'ancien « La Trinitaine ». Et certains sont prêts à débourser 13.000 euros HT à la journée pour naviguer sur une patte à 30 noeuds !
« Avant de mettre ces bateaux-là au rebut, attendons de savoir ce que vont décider les organisateurs de courses. Attendons aussi de voir ce que ça va donner avec les nouveaux Multi One Design 70 (1) ». Armateur de son trimaran « Foncia », Alain Gautier l'a vendu il y a un an à deux passionnés. Cette rencontre a donné lieu à la création d'une société, « Sensation Océan » qui propose des sorties à la journée sur cette bête de course.
40 personnes par jour
« L'été dernier, « Foncia » a passé du temps en Méditerranée : à Marseille, à Valence, en Corse ». Dans le cadre de séminaires ou d'opérations de relations publiques, bon nombre d'entreprises n'hésitent pas à débourser 13.000 euros hors taxes pour louer le bateau à la journée : « Certaines sociétés font tourner 40 personnes entre 9 h et 18 h. Cela ne nous empêche pas de grimper à 30 noeuds parfois même s'il est évident qu'on ne navigue pas avec eux comme en Grand Prix », explique Alain Gautier. Comme la plupart de ses camarades de jeu, « Foncia » est toujours à vendre : mais à 1,2 million d'euros, les acheteurs ne se bousculent pas. « A titre d'exemple, sachez que « Fujicolor », qui date de 1992, a été vendu il y a six mois. Un Norvégien vient de le céder à un Allemand pour 400.000 euros ». Actuellement, les demandes d'achat de 60 pieds proviennent essentiellement de gens fortunés. « Des passionnés qui ont les moyens de se payer ces engins-là. Comme le propriétaire de « Gitana 10 », un Anglais qui, l'été, s'amuse à tirer des bords à fond devant Saint-Tropez ». Pour en revenir à « Foncia », Alain Gautier admet que, économiquement parlant, la société ne rentre pas toujours dans ses frais : les coûts d'entretien de ces plateformes-là sont importants. En revanche, le jeu en vaut la chandelle pour l'autre trimaran, l'ex « La Trinitaine » de Marc Guillemot : « Après avoir passé deux ans en Suède sur la Nokia, le trimaran a été racheté par la société ». Comme le prix d'achat n'était pas le même, cela se traduit par un coût moindre à la journée, 9.000 euros HT. (1) Cinq bateaux construits fin 2009 ; trois de plus en 2010 et 12 en 2011.
