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Marine. Les grands moyens pour provoquer les départs

27 octobre 2008

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Réduction budgétaire et Livre blanc oblige, la Marine nationale doit supprimer 850 postes par an d'ici à 2015. Les 500 départs naturels facilitent la tâche. Reste à trouver 350 candidats supplémentaires. Par tous les moyens. Ou presque.

Une fiche intitulée « gestion de la déflation des effectifs », datée du 21 août 2008, signée d'un haut responsable de la direction du personnel de la Marine, en dit long sur la détermination à tenir les engagements vis-à-vis de l'État. Même si « c'est un document de travail comme il s'en produit des dizaines avant la prise d'une décision importante », se défend le Sirpa-Marine, l'officier dresse une liste de leviers de gestion dont l'action vise un seul et même objectif : inciter le personnel à quitter le navire de sa propre initiative.

Saisir toutes les occasions
Stratégique, le document incite à exploiter l'étape critique de la carrière : la fin de contrat et le passage au grade supérieur. Exemples : « Durcissement des taux de refus (vers 12 %) lors du renouvellement » et un non-renouvellement automatique « à l'échéance de 17,5 années d'engagement ». Il propose également de « faire de l'avancement conditionnel ». En particulier : le passage du grade de premier maître à celui de maître principal se compliquerait sérieusement.

Décourager le marin
Les métiers considérés comme « excédentaires » ou « en extinction » - marins des ports en première ligne - figurent une autre cible de choix. Mais le personnel navigant n'est pas à l'abri. Il vaut mieux avoir le pied marin : « Pas de renouvellement pour le personnel inapte à la mer (sauf exceptions) ». Et ce n'est pas tout. Estimant sans doute que cet arsenal de mesures ne remplira pas la mission comptable, l'auteur du rapport nourrit le feu. Dans le paragraphe « mesures coercitives », il suggère « d'identifier les marins à très grande mobilité géographique dont la mutation pourrait conduire à un départ ». En clair : débusquer la famille bien ancrée dans sa commune et envoyer son ou ses membres militaires à l'autre bout de la terre. Enfin, à l'autre bout de la France suffira : « Par exemple, dans le cadre de rééquilibrage de la ressource de Brest vers Toulon ».

Jeune et spécialisée
Le capitaine de Frégate Bertrand Bonneau, commandant en second du Sirpa (service de communication de la Marine) assure toutefois « que ce document n'est plus valable, les mesures coercitives n'ayant pas été retenues ». Le volet incitatif demeure cependant actif. « Il fait encore l'objet de discussions. En ce moment, nous étudions quantité de solutions sans qu'aucune méthode ne soit pour autant déjà fixée ». Rien de définitif en somme dans cette fiche de travail. Mais à travers elle, transparaît bien plus qu'une réaction à de fortes contraintes budgétaires. C'est le profil même de la Marine idéalisée par ses chefs dont elle indique le cap : une Marine jeune, spécialiste et pas trop carriériste. Question de budget. Et d'efficacité.

  • Yann Le Gall

Des carrières de dix ans maximum

La Marine nationale emploie actuellement 41.000 militaires (hors gendarmes et marins pompiers) et 8.000 civils.
Le Livre blanc et la RGPP (Révision générale des politiques publiques) commandent de parvenir au chiffre de 37.000 militaires et de 7.000 civils en 2015. Soit 6.000 postes à supprimer sans pour autant négliger le recrutement.

Logiquement, cette opération marquera le rajeunissement des troupes. « Nous avons besoin de personnels navigants de 20-30 ans », confirme un gradé du Sirpa. Ce qui, dans ce cas de figure, porterait la moyenne des carrières à dix ans. « Cela peut varier en fonction des spécialités, des métiers mais il est vrai que l'objectif consiste à obtenir des équipages jeunes », abonde le capitaine de frégate Bonneau. Un renouvellement régulier bon pour la vivacité des troupes et pas mauvais pour le portefeuille du ministère. En supposant que la direction concrétise sa volonté de dissuader les velléités carriéristes, elle économiserait une coquette somme sur le versement des pensions de retraites. Pour bénéficier immédiatement de ces rentes, un sous-officier doit accomplir 15 années de service, un officier, 20, et un officier de carrière (passé par l'Ecole navale), 25.

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