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En Avant Guingamp. Quelle histoire!

11 mai 2009

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Quinze ans après l'AJ Auxerre et neuf après le FCGeugnon, l'En Avant de Guingamp, autre trublion d'exception du football professionnel a gravé son nom pour l'éternité au palmarès du football français. Retour sur 40ans d'exploits.

1970-1977 : En Avant l'aventure Le couronnement s'est déroulé dans une ambiance indescriptible devant 80.000 témoins. Quel contraste avec le point de départ d'une aventure commencée 39 ans plus tôt dans l'indifférence d'un lever de rideau à Quimper: en coupe Gambardella, les juniors d'En Avant, modeste club de DSR, avaient dominé ceux du grand FC Nantes, emmenés par Bertrand-Demanes et Gardon. Les jeunes Guingampais se nommaient Reyt, Schmitt, Tremel, Le Coz, André... On n'avait pas fini d'en entendre parler. Trois ans plus tard, les mêmes sont aux manettes de l'équipe première d'un club exceptionnellement jeune dans toutes ses composantes. Le président, un certain Noël Le Graët, n'a que 31 ans. Que dire de l'entraîneur-joueur, Sylvestre Salvi ou du meilleur joueur, Yvan Le Quéré, à peine majeurs(22 ans) ? Allez roulez jeunesse! Entre décembre 1972 et février 1973, quatre équipes de L2 passent à la trappe en Coupe de France. Eliminé devant 18.000 personnes au stade de l'Armoricaine à Brest, Le FC Lorient est le dernier à faire les frais de la «plaisanterie». Dans la foulée de cette aventure hors norme, Guingamp enclenche sa marche en avant. C'est la montée en DH en 1974. La D3 en 1976. La D2 enfin (pense-t-on alors) en 1977. Dans l'équipe qui dispute le premier match de D2 à Lille, Salvi est toujours là, de même que Reyt, Schmitt, Le Coz et Tremel, quatre des héros de la Gambardella, huit ans plus tôt.

1977-1993: le miracle permanent
Qu'allait donc faire Guingamp, 8.000habitants, en D2? L'aller-retour était probable. L'ascenseur restera bloqué pendant seize ans. Une sorte de miracle permanent reposant essentiellement dans un premier temps sur des joueurs du cru. Guy Stéphan et Hervé Le Goff étaient déjà montés dans le train de l'aventure au moment de la montée. Les Thiboult, Gilbert Le Goff, Cadran, Gourcuff, Blin, Colas, etc. allaient les rejoindre. L'arrivée en 1981 de Raymond Kéruzoré comme entraîneur-joueur donnera un second souffle à l'aventure. C'était la fête deux samedis par mois dans le vétuste stade Yves-Jaguin. Lors de la dernière saison de Kéru, en 1986, on parla même de montée et le Matra Racing de Lagardère et Bossis ne faisait pas le fier. Tibeuf, Rolland et Landré étaient partis un an plus tôt, mais l'équipe, où rayonnaient «mobylette» Henriksen, Rio, Lubin, Guégan et le grand Andrejz Szarmach (26 buts!) avait fière allure! Le départ de Kéru cassa un peu l'élan, mais En Avant était toujours solidement installé en D2 lorsqu'intervint une réforme majeure des championnats voulue par le président de la Ligue nationale... Noël Le Graët. Exit la D2 à deux groupes, vive la L2 unique. C'est ainsi qu'au printemps 1993, Guingamp, pourtant honorable 13e, se retrouva rejeté en Nationale 1. Le début de la fin? Au contraire!

1993-1998: la deuxième grande génération
La saison de la chute avait aussi été celle de la naissance d'un duo d'attaquants de 22 ans: Stéphane Guivarc'h, arrivé de Brest la saison précédente, avait inscrit 14 buts. Lionel Rouxel, en était resté à neuf. En Nationale 1, les frères pétard allaient faire un carton: 49 buts à eux deux. Dans leur sillage et sous la direction ferme de Francis Smerecki, les jeunes Le Roux, Carnot, Michel, Laspalles et Coridon explosèrent. Le club monta plutôt deux fois qu'une, passant en l'espace de deux saisons des portes de l'enfer à celles du paradis. Même Noël Le Graët n'avait sans doute jamais rêvé de la L1. Quand elle arriva en mai 1995, au terme de ces deux saisons magiques, le club, alors présidé par Bertrand Salomon, l'embrassa à sa manière:sans rien bousculer d'essentiel et en vendant ses meilleurs joueurs par petites touches pour bâtir. Stéphane Guivarc'h n'était plus là lorsque la deuxième grande génération maison fit venir l'Inter de Milan à Roudourou (1996) avant de convier toute une région à Paris six mois plus tard. La finale de la Coupe de France 1997, perdue aux tirs au but, ressembla à une cassure. Ce fut le dernier match de Carnot. Un an plus tard, En Avant tombait en L2. Encore six mois et Francis Smerecki devrait faire ses valises en cours de saison.

1999-2009: des problèmes de riche
Comme Smerecki naguère, Guy Lacombe, qui lui succéda, incarna le rebond. En trois ans et demi, il évita la noyade, fit remonter le club en L1 et l'y maintint à deux reprises avant de transmettre à Bertrand Marchand un joli bébé qui attendait seulement qu'on lui tienne la main pour se mettre à courir. Nestor Fabri et Christophe Le Roux, respectivement arrivé et revenu au club à l'intersaison, tinrent ce rôle-là auprès notamment de la paire Drogba-Malouda. L'équipe termina la saison en boulet de canon et rata l'Europe d'un rien. Les départs de Fabri et des deux attaquants vedettes (2003) gonflèrent les caisses mais affaiblirent sportivement le club dans des proportions que ses dirigeants mesurèrent un an plus tard en se réveillant en L2. Depuis quatre ans, qui l'aurait imaginé il y a seulement vingt ans, En Avant y campe le rôle du gros budget qui échoue en fin de saison à remonter. Cette année, l'échec aura été tout relatif.

  • Benoit Siohan

Un homme, un stade, un pays

Ce sont 11, 14, 18 ou 25 joueurs qui gagnent les matchs et écrivent les aventures sportives. Mais d'autres facteurs et d'autres hommes ont été tout aussi déterminants dans la victoire historique d'En Avant que les performances sur le terrain des Gauclin, Oruma, Eduardo et compagnie. En premier, viennent bien sûr le nom et le travail d'un homme, d'un grand dirigeant, d'un visionnaire: Noël Le Graët. En 37 ans, entouré d'une équipe solide et quasi immuable, celui-ci a bâti de toutes pièces un club professionnel pérenne dans une ville de 8.000habitants. C'est presque surréaliste! Avant la ligne inscrite samedi au palmarès pour l'éternité, le marqueur le plus fort de cette réussite est ce stade portant le joli nom du quartier de Guingamp qui l'abrite: Roudourou. On ne le sait pas si on ne voit le foot qu'à la télé, mais il appartient haut la main au «G 20» des stades hexagonaux. Brest et Lorient, respectivement deuxième et troisième agglomérations bretonnes, ne sont pas près de disposer d'un pareil outil. On peut y mettre 18.000 spectateurs, plus du double de la population de la ville, dans un confort digne des plus belles enceintes. L'autre réussite majeure de Le Graët et de son équipe est d'avoir su concerner tout le pays de Guingamp à la réussite d'En Avant. A l'occasion des diverses transformations juridiques du club, l'ancien président de la Ligue professionnelle aurait pu sans peine «acheter» le club en devenant actionnaire majoritaire, comme d'autres l'ont fait à Lyon, Paris ou Marseille, mais aussi à Rennes, Lorient, Brest et Vannes. Sur un autre modèle, celui d'un actionnariat dilué impliquant le tissu économique, il a bâti un club stable et solide, disposant de murs et de savoir-faire. Un club surtout qui bénéficie dans son environnement proche d'un capital sympathie sans égal. Bien plus que nulle part ailleurs, on peut le crier ici: «On» a gagné!

  • B.S.

Un rêve quasi centenaire

La vénérable Coupe de France, objet d'adoration des footballeurs de France depuis 1918, sera hébergée pendant un an par un club plus vieux qu'elle. C'est en 1912, en effet, qu'a été créée à l'école primaire supérieure de garçons de Guingamp, une société sportive dont les statuts précisaient : " Elle prend le titre En Avant Guingamp. Ses couleurs sont rouge avec parements noirs."
Des éléments consubstantiels qui résistent depuis près d'un siècle quand d'autres fusionnent à tour de bras et font valser les couleurs.
En Avant fêtera son centenaire dans trois ans. Le prochain rêve d'unprésident comblé mais pas rassasié est de le fêter en grandes pompes en L1.
 

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