22 octobre 2009
Pour l'enlèvement, les tortures et la mort de Bernard Algret à Nantes en 2005, José Freitas encourt la perpétuité. Des peines de dix à trente ans ont été requises pour ses coaccusés.
La main de fer a pris le relais. Du haut de son perchoir, Yves Boivin ne s'était jamais départi d'une certaine bonhomie. Si ce n'est pour quelques rappels à l'ordre. Hier à Quimper, l'heure n'était plus aux sourires. L'avocat général a frappé. Et fort. José Antonio Freitas, qui nie toute implication, en a fait les frais. Bousculé comme jamais. «Il y a un parrain dans cette affaire, vous. Et des lieutenants à qui vous n'avez pas donné toutes les données du problème. Vous étiez le maître du jeu, celui qui tirait les ficelles pour assouvir sa vengeance».
«Comme ça qu'il règne sur le milieu nantais»
Le Franco-Portugais de 48 ans a «ramassé», qualifié de «manipulateur», de «lâche», de «méprisant pour les femmes», ne vivant que «par l'intimidation et la violence». «Il est dans la toute puissance et ne craint rien. C'est comme ça qu'il règne sur le milieu nantais, dont il est». L'auteur des tortures, dont personne ne veut endosser la responsabilité, ne fait que peu de doute pour Yves Boivin:Freitas, encore Freitas. «Le seul qui pouvait en vouloir à Algret au point de lui percer les genoux et le pouce. En 27 ans de procès d'assises, j'ai rarement vu une telle scène de cruauté, une telle négation de l'intégrité d'une personne humaine. Aucun animal ne se livre à ce genre de sévices. La jouissance de faire mal, il faut avoir de la perversion». Freitas seul? Le magistrat en doute. «Soler l'a aidé, mais sur ordre et par crainte». Il a, en revanche, demandé l'acquittement de Rachid Harafane de ce chef d'accusation.
Peine maximum avec 22 ans de sûreté
Pour la quatrième fois de sa carrière, Yves Boivin a requis la perpétuité, avec une peine de sûreté de 22 ans. «Tonio» n'a pas bronché. Pour les autres, «sous l'emprise de Freitas» assure-t-il, il a demandé des peines échelonnées: trente ans pour ChristianSoler, vingt pour Joël Bogaert, dont il a salué la franchise, dix-huit pour Rachid Harafane et dix pour Pierre Kolyé. Quelques minutes plus tôt, MeRonan Appéré, qui connaissait la victime, n'avait pas été plus tendre avec Christian Soler. L'avocat a très bien retranscrit la rage de sa fille, désappointée par l'attitude de cet homme autrefois aidé, embauché et hébergé par son père. Ce «Chiffon», que l'adolescente a connu petite. Ce «Chiffon» qui lui a envoyé un SMS rassurant signé «papa» alors qu'il se trouvait dans le coffre.
Dix-neuf heures de calvaire
«Lâche, petite frappe sanguinaire.Dans la maison, il y avait deux photos d'elle. Cela ne vous a pas arrêté!», a tonné l'avocat brestois, sans s'appesantir sur les tortures. Par pudeur pour la famille présente. Il s'est contenté d'y voir un symbole, en rapport avec cet ami de Freitas qui a perdu une jambe lors d'un séjour pénitentiaire imputé à Algret. Dans une plaidoirie fine, emplie de bon sens et très imagée («Freitas était une bombe, il lui fallait un détonateur, Soler») MeBoris Marie a, lui, plongé les jurés dans le calvaire de la victime. «Pour en imaginer la durée, il faudrait que vous ne dormiez pas cette nuit. Dans le froid, nu, blessé, bâillonné, une balle dans la cuisse, torturé, violenté.Son calvaire a duré dix-neuf heures! Une éternité». Me Appéré est revenu sur le silence qui a accompagné le témoignage du juge d'instruction. «Vous vous êtes tus. Mais à peine avait-il le dos tourné que revenaient les relents de contestation. C'est de la lâcheté. Qu'on ne me fasse pas le procès du magistrat instructeur», prévient-il, se tournant vers ses confrères. Ceux-ci ont toute la journée pour défendre leurs clients avant le verdict, attendu demain.
