Affaire Algret. Le coup de pouce de l'autopsie
«J'ai été choqué par ce qu'a dit le médecin légiste». Les propos sont de José Antonio Freitas, présumé commanditaire de l'enlèvement de Bernard Algret à Bénodet en décembre2005 et soupçonné d'actes de torture et de barbarie.
Depuis quinze jours, la ligne de défense du Franco-Portugais de 42 ans n'a pas varié: rien fait, rien vu. Mais tout entendu. Grâce au dossier d'instruction, aux amis, à la presse, à ses déductions. «Dans ce dossier, c'est toujours l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours», résume-t-il, sourire aux lèvres, en référence aux accusations de Joël Bogaert qui le tient pour responsable des sévices en se fiant à certaines conversations.
Les dires de «Jo» confirmés par l'autopsie
Au niveau des tortures, Freitas le sait, les preuves tangibles manquent pour le faire tomber. Pas de perceuse retrouvée, pas d'ADN, pas de témoin visuel, des coaccusés qui se taisent ou l'innocentent. C'est la parole de l'un contre celle de l'autre. Sauf que si Joël Bogaert n'avait pas parlé de coups de perceuse dans les genoux et de barre à mine dans le rectum, les tortures n'auraient peut-être jamais été décelées. Le médecin légiste Ronan Clément avait, certes, été surpris par les érosions aux genouxdécelées lors de l'autopsie, mais rien de plus. Il avait conclu à une mort par «accumulation de coups». Les déclarations de Bogaert ont poussé le juge d'instruction à requérir une deuxième autopsie, qui a, elle, permis de vérifier que les éléments fournis par Bogaert «étaient compatibles avec les constatations».
Également torturé à la main avec la perceuse
Ce n'est pas tout. L'anatomo-pathologiste François Le Gall s'est penché sur un trou décelé sur le pouce de la main droite d'Algret. Pour lui, pas de doute, il s'agit du «travail précis d'une chignole avec un foret de 6mm». Une torture effectuée à deux? «Je pense qu'il faut que la victime soit bien attachée ou maintenue par une autre personne pour faire un trou dans une zone aussi mobile», répond l'expert. «Jo» en tire ses conclusions: «C'est évident, Soler et Freitas lui ont infligé ces souffrances, ils avaient une haine contre Algret». Il délaisse bizarrement Rachid Harafane qu'il accusait la veille. «La main, vous me l'apprenez», commente sobrement ce dernier. Freitas fusille Bogaert du regard. «Un homme qui livre autant de détails ne peut être que celui qui a participé aux tortures. Je n'ai jamais torturé personne. J'ai été assez sali».