12 juin 2009 à 08h08
Alors que trois nouveaux corps ont été retrouvés portant à 44 le nombre de dépouilles en cours d'identification à Recife, il s'avère qu'Air France a recensé en 2008 cinq incidents liés aux sondes de mesure de vitesse sur les A330-A340.
Hier encore, la direction d'Air France s'affirmait "pas convaincue" qu'il y a un lien à établir entre la catastrophe du 1er juin et ces fameuses sondes. Une analyse confortée par le prise de position du BEA. Ce qui n'a pas empêché le groupe d'accélérer la procédure de remplacement des sondes, engagée dès le 27 avril, bien avant le drame.
Un rapport d'Air France daté de septembre 2008, la compagnie a connu au moins cinq incidents d'A330-A340 en 2008 liés aux sondes Pitot de mesures de vitesses. Des incidents débouchant sur de faux messages d'alarmes, dont celui de "décrochage". Ils concernent cinq vols long-courriers :
- un Tokyo - Paris,
- un Paris-Antananarivo : alarme de vitesse incohérente, suivie de l'alarme "Stall stall stall" qui indique que l'appareil décroche;
- un Canton-Paris,
- un Paris-Bogota: pertes des 2 infos vitesse avec alarme Stall
- un Paris-New York.
"Ce sont tous des incidents graves", précise Guy Ferrer, du syndicat Alter. "Ils sont tous liés aux Pitots dans des conditions de givrage ou de turbulences". "C'est très stressant. C'est une alarme qui retentit avec un gros panneau qui clignote qu'on ne peut pas arrêter", a expliqué M. Ferrer. "Ce qui peut arriver c'est qu'on entre dans la mauvaise procédure à cause des alarmes". Si la vitesse est trop faible, l'appareil risque de décrocher, et s'il va trop vite, il risque de se disloquer.
Au centre du dispositif naval déployé par la France à quelque 1.300 km de la côte brésilienne, le sous-marin nucléaire d'attaque Emeraude, équipé de sonars ultra-sensibles, quadrille à petite vitesse une zone de 20 milles nautiques sur 20, soit 36 km sur 36.
Il devait recevoir le renfort dans les prochains jours de remorqueurs de haute mer affrêtés par la France qui vont tirer deux "pinger locators", sortes de sonars attachés à un cable long de plusieurs milliers de mètres, mis à disposition par l'armée américaine, selon l'Etat-major français.
Les derniers messages indiquent une perte d'altitude de 548 mètres par minute...
Parmi les derniers signaux transmis automatiquement par l'AF447, certains messages indiquent un changement de pressurisation de la cabine, équivalent à un changement d'altitude de plus de 548
mètres par minute.
Hier, un navire brésilien a déchargé 37 morceaux de l'Airbus A330-200 accidenté. Ils doivent être entreposés sur une base
aérienne du port de Natal, jusqu'à ce qu'ils soient examinés par les enquêteurs français du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA).
D'autres composants de l'appareil se trouvent encore à bord des
navires qui recherchent des corps et des débris. Des équipements américains, capables de localiser les éventuels signaux des boîtes noires à une profondeur allant jusqu'à 6.100 mètres sous le niveau de la mer, arriveront sur zone dans les prochains jours.
Des médecins légistes brésiliens ont entamé hier à Recife le processus d'identification de 16 des 44 corps retrouvés.
Trois nouveaux corps ont été récupérés hier par un navire brésilien, ce qui porte à 44 le nombre total des corps récupérés.
Mais les conditions météo sont de nouveau difficiles: pluie battante, visibilité réduite et forts courants.
Des corps distants de la zone de débris
Le nom des victimes retrouvées, en fonction de leur localisation prévue au sein de l'avion, pourrait permettre de valider l'hypothèse que l'avion s'est disloqué en plein vol.
"Si les victimes retrouvées dans une zone de l'océan étaient toutes installées dans une même partie de l'avion et si les victimes, retrouvées dans une autre zone, venaient d'une autre partie de l'avion, cela vous dit vraiment quelque chose", précise Peter Goelz, qui dirige la sécurité des transports aériens aux Etats-Unis (NTSB). "Et peut-être même", poursuit-il, "cela expliquerait quelle est la partie de l'avion qui s'est brisée dans les airs".
Des indices dans la localisation
Les corps repêchés mardi étaient distants de 85 kilomètres des premiers cadavres découverts samedi, six jours après la catastrophe. "Retrouver ces corps aussi loin ou tellement séparés de la zone des débris est un indice très important et pourrait indiquer une rupture en plein vol ou au moins, que la cabine était ouverte", analyse John Goglia, un ancien membre de la sécurité des transports aériens américains (NTSB).
Peter Goelz souligne que, lors de l'explosion au large de Long Island du Boeing 747 de la TWA, parti de JFK pour Paris avec 230 personnes à bord le 17 juillet 1996, la nature des blessures identifiées sur les corps retrouvés a permis de confirmer que le nez s'était brisé et que le feu avait pris dans le réservoir de carburant.
La nature des blessures devrait parler
Hier, les experts ont commencé à examiner les premières dépouilles et espèrent pouvoir les identifier à l'aide de leur ADN et de photographies. Les autres corps seront transférés aujourd'hui à Recife (nord-est), depuis l'archipel de Fernando de Noronha, où ils sont conservés.
"Il devient de plus en plus difficile de trouver et de récupérer d'autres corps", a déclaré le général Ramon Cardoso, porte-parole de l'armée de l'air brésilienne. "Les chances de retrouver les corps
de tous les passagers du vol Air France sont très faibles".
La décision d'un éventuel arrêt des recherches de nouveaux corps sera prise le 19 juin, a affirmé jeudi l'armée brésilienne.
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