15 avril 2009
Le vent faiblit par le Nord et dessine son piège autour des 13 navigateurs de la TransatBPE. Certains n'y échapperont pas, prédit Jean Maurel, le directeur de course. En attendant, Nicolas Troussel a pris la tête.
Hier matin, après neuf jours en mer, Nicolas Troussel (Financo) a pris la tête du classement de la transatBPE. «C'est virtuel, je suis en tête du paquet du Nord,» relativise-t-il. Le skipper de Plougasnou, vainqueur de l'épreuve en 2007, doit être fin joueur, tant pour déclencher les empannages que pour placer son bateau sur l'échiquier océanique et déjouer la bulle anticyclonique annoncée par tous. Mais pas davantage que ses concurrents, Nicolas Troussel ne dévoilera sa stratégie. Tout au plus comprendra-t-on qu'il a sérieusement infléchi sa route vers le sud et qu'il barre beaucoup le jour. Et aussi beaucoup la nuit.
Gare au piège sans vent !
A 15 milles derrière lui, Gérald Véniard (Macif) craint autant le piège sans vent. «Il a raison d'être inquiet», observe Jean Maurel, directeur de la course. «On a 48heures pour faire les 300 milles qui nous séparent de la latitude 25, constate Gérald Véniard. Il ne faut pas traîner... la cuvette pleine de bouillon, comme on dit! Mais j'ai une patate phénoménale.» Dans cette voix, résonne pourtant l'écho de la fatigue, celle d'une rude semaine de course. A une vingtaine de milles en retrait, Franck Le Gal (Lenze) ne partage pas l'inquiétude de ses voisins de classement. Un peu de sommeil et une nuit paisible ont rechargé ses batteries. «Lundi après-midi, j'ai mis la musique à fond dans le cockpit, ça m'a fait un bien fou, précise le Morbihannais. La nuit, j'ai médité sur le ciel étoilé en mangeant de la mousse au chocolat et des gaufres au miel. J'avais besoin de m'évader de la course qui était stressante. J'ai vraiment savouré ce petit plaisir!»
Morvan grappille
Lors de la même vacation, le ton sonne franchement léger à bord de Cercle Vert. Sixième, bien calé dans «le paquet du Sud», Gildas Morvan grappille les milles. «Au Nord, ils vont avoir du mal à s'en sortir, s'amuse-t-il. Ici, ça va super vite, 12 à 14 noeuds, j'étais sous pilote automatique, en train de prendre un petit café à l'intérieur. C'est du bonheur!» Déplorant la chute matinale de son bol de céréales, Gildas Morvan a la facétie facile. Il émaille encore ses propos d'un compliment à l'adresse de François Gabart (Espoir Région Bretagne) qui accompagne sa descente océanique et celle d'Erwan Tabarly (Athéma). Pour sa seconde saison sur Figaro, François Gabart vit sa longue glissade dans les alizés comme «un rêve d'enfant». Un dauphin l'accompagne; aussitôt, il le photographie et transmet le document au site web de la course. En toutes circonstances, il semble faire confiance à son intuition: naviguer au portant, avec ou sans voile d'avant? Se mettre en phase avec les vagues? Dormir ou veiller? «Je fais au feeling, tranche-t-il. Au bout de dix jours sur le bateau, on sent bien la chose; tous les petits bruits sont des informations.» Erwan Tabarly l'impressionne: «Il va toujours un peu plus vite, ça m'énerve! Mais j'ai trouvé des nouveaux réglages et j'espère lui recoller aux baskets!»
