16 avril 2009
Les caprices de l'anticyclone des Açores sont un vrai casse-tête pour les solitaires. Nicolas Troussel emmène toujours la flotte sur une voie médiane. Les sudistes attendent leur heure.
Pour échapper aux griffes de l'anticyclone, l'idée générale était de trouver le salut au sud. Tous ceux qui le pouvaient encore ont infléchi leur trajectoire pour contourner l'obstacle et échapper au piège de la bulle sans vent, qui hante les esprits et plus particulièrement ceux des nordistes. Le dixième jour de cette transat était donc placé sous haute tension et il a été marqué par un ralentissement. Comme il le redoutait, Adrien Hardy, le plus au nord, a marqué le pas. Le trio du milieu, Troussel («Financo»), Chabagny («Suzuki Automobiles») et Véniard («Macif»), ne s'en sortait pas si mal. Hier en fin d'après-midi, le vainqueur de l'édition 2007 avait même conforté sa position en tête de la flotte mais restait prudent sur la suite de l'histoire. Ce statu quo au niveau du classement est peut-être un trompe-l'oeil.
Tabarly: être réactif
Les sudistes attendent encore leur heure et le flux de nord-est permettant d'allonger la foulée sur la route des Antilles. Hier, ils étaient un peu plus rapides à l'image d'Erwan Tabarly («Athema») qui, ces dernières heures, s'est décalé sous Gildas Morvan («Cercle Vert») et François Gabart («Espoir Région Bretagne») : «Cela n'a pas été facile mais du coup, visiblement, j'ai un peu plus de pression que les autres et j'en suis assez content. A l'instant T, j'ai 18 noeuds mais c'est irrégulier. Ça oscille entre 14 et 19 noeuds», expliquait-il à la vacation de la mi-journée. Ces variations ne sont pas simples à gérer et obligent les solitaires à une attention de tous les instants: «On essaie de ne pas rater la moindre bascule. La nuit passée, j'ai empanné cinq à six fois. Mais c'est ce qui fait la différence. Il faut donc être très réactif... », ajoutait le skipper d'«Athema».
Morvan veille
Pour Gildas Morvan qui s'est légèrement repositionné dans l'ouest, la nuit avait été calme avec de la lune, un ciel étoilé mais pas forcément reposante: «Le vent étant très faible, il faut être tout le temps sur le bateau pour peaufiner les réglages. On a entre 10 et 14 noeuds et ça varie. Avec tout ça, j'ai juste pu dormir trois fois 20 minutes», confiait le Brestois. Il n'y a pas le choix pour grappiller des milles ou ne pas en concéder à ses camarades de jeu, il faut rogner sur le sommeil. Même son de cloche du côté d'Armel Tripon, le plus décalé dans l'est, mais qui ne s'alarme pas du retard concédé sur cette route plus radicale, choisie depuis Madère. Hier, «Gedimat» glissait bien dans un flux de nord-est d'une vingtaine de noeuds. Le proche avenir va-t-il sourire à ces concurrents qui ont investi dans le sud, acceptant de concéder du terrain à leurs adversaires? C'est un peu le sentiment de Jean Maurel qui prévoit un resserrement de la flotte à court terme: «Cela va commencer à payer pour les sudistes qui seront sur un bord favorable en tribord. On pourrait avoir un deuxième départ d'ici deux jours. Il y a un groupe de huit solitaires qui peut encore l'emporter», analysait, hier, le directeur de course. Une situation qui reflète l'homogénéité du plateau de cette Transat BPE et est idéale
pour ménager le suspense.
1. Nicolas Troussel (Financo) à 1840,7 milles de l'arrivée; 2. Gérald Véniard (Macif) à 30,6 milles du premier; 3. Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles) à 47,8 m; 4. Adrien Hardy (Agir Recouvrement) à 54,3 m; 5. Franck Le Gal (Lenze) à 71,5 m; 6. Gildas Morvan (Cercle Vert) à 77,4 m; 7. Erwan Tabarly (Athema) à 79,8 m; 8. François Gabart (Espoir Région Bretagne) à 90 m; 9. Isabelle Joschke (Synergie) à 113 m; 10. Armel Tripon (Gedimat) à 188,2 m; 11. Victor Jean Noël (Pays Marie Galante) à 232,3 m; 12. Louis Maurice Tannyères (Nanni Diesel) à 295,3 m; 13 Yannig Livory (Cint 56) à 303,2 m; Abandon: Eric Drouglazet (Luisina). Trophée Ag2r (meilleure distance parcourue en 24h): Troussel 204,8 milles.
