12 avril 2009
Après le passage d'un front qui a secoué les solitaires, la flotte continue de débouler sous spi à vive allure au large de Madère. Où chacun mijote sa tambouille dans son coin.
Vendredi, la Transat BPE a donc perdu l'un de ses favoris: Eric Drouglazet qui a jeté l'éponge, hier, suite à une panne généralisée d'électronique à bord de son monotype. Sans énergie, plus de pilote automatique, plus d'infos météos. Plus de transat surtout. Pour le Névézien, le coup est rude car il espérait -et son sponsor aussi- beaucoup de cette course. «Après la Transat ag2r où on s'est rentré dedans avec Nico Troussel, puis mon accident de scooter sur une des étapes de la Cap Istanbul, j'ai la scoumoune. Tout part en vrille depuis quelque temps. J'ai les boules».
«J'ai failli passer à la baille»
Mais que s'est-il passé au large des côtes portugaises? Le skipper de «Luisina» l'a raconté, hier, à la vacation. Il était sous spi dans un vent soutenu lorsqu'une rafale à 47 noeuds a tout fichu par terre. «J'ai voulu affaler mon spi lourd mais le bateau a enfourné sous une grosse vague. Comme j'avais ouvert le capot (ndlt: pour ranger son spi), l'étrave s'est enfoncée vraiment profond... l'eau est rentrée et le bateau a sanci». Son Figaro se retrouve incliné à 30°, les deux safrans hors de l'eau: «Oui, j'ai failli passer à la baille. J'ai été expulsé à l'arrière du bateau, éjecté dans la filière arrière qui n'a pas cassé. Le spi était gonflé sous l'eau, ça a chargé le bateau». Heureusement, le spi finit par exploser, permettant au monotype de retrouver une assiette normale.
Suivi par Argos
Pendant deux heures, Drouglazet vide l'eau qui a envahi le bord. «Il y avait un mètre d'eau dedans, soit 2.000 à 3.000 litres». Puis, il tente de sécher les cartes électriques, de réparer les pilotes. En vain. Tout son système électrique est complètement noyé. Drouglazet se rend à l'évidence: il ne peut pas traverser l'Atlantique dans ces conditions-là et doit abandonner. «Je vais mettre le cap sur la Bretagne et naviguer à l'ancienne», explique-t-il dans un premier temps. En fait, il va remonter jusqu'au cap Finisterre où il décidera de poursuivre seul ou en équipage cette remontée. Même s'il n'a pas de sextant à bord, le skipper de «Luisina» est suivi par la direction de course via sa balise Argos qui transmet régulièrement sa position.
Qui voit Madère... regarde derrière
Pendant ce temps, la course continue. Et ce passage de front en a fait souffrir plus d'un: Troussel a pris 55 noeuds dans un grain et cassé son antenne VHF (qui bloque sa girouette); Tripon s'est fait un cocotier la nuit; Le Gal s'est pris un bout dans la quille et a dû faire marche arrière dans 35 noeuds de vent. Hier, dans des conditions plus maniables, tout le monde filait sous spi dans un régime de nord compris entre 20 et 25 noeuds. Au sud (Tabarly, Morvan, Gabart), au centre (Troussel, Véniard), à l'ouest (où Hardy et Chabagny mènent la danse), chacun croit dur comme fer à son option. Au large de Madère, impossible de savoir qui détient la vérité. Et de se souvenir du scénario de la dernière Transat ag2r, où les leaders à Madère n'étaient plus les mêmes à Saint-Barth'. Cette Transat BPE ne fait que commencer...
LE POINTAGE HIER À17H30
1. Adrien Hardy (Agir Recouvrement) à 2.550 milles de l'arrivée; 2. Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles) à 13,9 milles du premier; 3. Nicolas Troussel (Financo) à 19,6m; 4. Gérald Véniard (Macif) à 25m; 5. Erwan Tabarly (Athema) à 44,4m; 6. Gildas Morvan (Cercle Vert) à 47,2m; 7. François Gabart (Espoir Région Bretagne) à 52,2m; 8. Franck Le Gal (Lenze) à 59,8m; 9. Armel Tripon (Gédimat) à 67,7m; 10. Isabelle Joschke (Synergie) à 73,3m; 11. Yannig Livory (Cint 56) à 141,4m; 12. Victor Jean-Noël (Pays Marie-Galante) à 156m; 13. Louis-Maurice Tannyères (Nanni Diesel) à 184m. Abandon: Eric Drouglazet (Luisina).
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