8 avril 2009 à 14h18
"Ça y est, maintenant, je me sens partie pour de vrai ! Plus personne à l'horizon, chaque concurrent fait sa petite route, même si je sais que certains ne sont pas loin. Les premières 36 heures n'ont pas été évidentes. D'abord, il y a eu le départ, avec tout ce qui précède : les dernières semaines à se réveiller la nuit pour remplir la "job list", les journalistes qui n'arrêtent pas de nous demander ce qu'on appréhende le plus dans une traversée de l'Atlantique : la solitude, la longueur, le danger ?
Puis il y a eu le village de course, une grande fête qui, paradoxalement, nous est complètement étrangère, et finalement, les au revoir avec la famille, les proches et ceux qui ont rendu le projet possible. Un vrai moment d'émotion.
Mal de mer
Le départ de la course et la première nuit sont souvent chargés de tout cela et l'on a un nœud dans le ventre pendant un bout de temps. La première nuit par exemple, j'ai eu le mal de mer, un mal que je ne connaissais pour ainsi dire pas. Je n'ai rien mangé de la nuit et je n'ai dormi que 1 h 30 par tranches de cinq à dix minutes. Cela vaut bien le coup d'afficher dans son bateau une liste pour rappeler les choses fondamentales, comme "dormir", "manger", "rester au sec".
A croire que ces évidences ne le sont pas toujours, non pas parce qu'on ne ressent pas le froid ou la faim mais parce qu'il y tant de choses à faire que l'on n'arrive pas toujours à distinguer ce qui est prioritaire de ce qui l'est moins. Régler le bateau en fonction du vent qui n'arrête pas de changer, matosser en conséquence (= déplacer les poids dans le bateau), barrer, récupérer les premiers fichiers météo du soir et étudier sa stratégie. Tout cela est aussi prioritaire que manger ou dormir, non ?
Incidents techniques
Aujourd'hui, c'est le troisième jour de course. J'ai déjà besoin de réfléchir pour compter le nombre de jours passés en mer, comme si la notion du temps disparaissait avec la vie à terre que l'on laisse derrière soi. Je compte déjà deux incidents techniques en deux nuits : fuite du ballast bâbord dans les fonds et panne du petit alternateur qui charge la batterie moteur. J'ai, pour l'instant, des solutions de secours et je croise les doigts pour ne pas rencontrer de problème d'énergie qui m'obligerait à barrer 24 h / 24.
Ça, je l'ai déjà fait et je vous promets que c'est loin d'être drôle.
Là, le soleil brille et je respire. La routine du large commence à s'installer, entre les vacations, les rendez-vous météo et les séances de routage, les siestes, les manœuvres. Nous naviguons au louvoyage, - on appelle ça "planter des pioches" - dans une mer formée. Plus qu'un front à passer et nous serons peut-être dans les alizés !
Concarneau. Hivernage du Belem. Cinq mois de chantier