Comment vous sentez-vous au moment d'entamer votre tournée des festivals européens ? Je suis très heureuse et très excitée de revenir en Europe. Surtout que la musique que nous jouons actuellement correspond bien aux festivals. J'aime les festivals parce qu'ils m'offrent la possibilité d'interpréter
ma musique devant des gens qui ne m'avaient jamais entendu jouer auparavant.
Qu'allez-vous jouer en Bretagne ? Une bonne partie de mon dernier album, « The Sermon on Exposition Boulevard », des morceaux de « The evening of my best day », et de vieilles chansons. C'est un échantillonnage de mon travail, principalement concentré sur les nouveautés.
Vous dites du public que s'il ne vous donne rien, vous ne pouvez rien lui rendre en retour. Que voudriez-vous que le public breton vous donne ? Je n'ai pas d'attente précise, vous savez. Chaque soir on découvre ce que crée l'esprit collectif du public. J'ai besoin de l'imagination, de l'espoir et de l'amour des spectateurs. Il y a un véritable effet de miroir entre le public et la scène.
A Carhaix où vous chanterez devant plusieurs dizaines de milliers de personnes, ce sera un miroir gigantesque...
Oui, je ne pourrai pas parler à chaque spectateur (rires) !
La scène est-elle la récompense de votre travail d'auteur-compositeur ? Certainement. J'aime enregistrer dans la mesure où c'est une étape qui va me mener jusqu'aux concerts. Il y a des artistes de studio qui n'aiment pas l'idée de se produire sur scène. Moi, c'est le contraire : j'aime regarder les gens et j'aime qu'ils me regardent.
Depuis vos débuts, vous avez habillé vos chansons de nombreux styles : folk, jazz, pop, rock progressif, classique, trip-hop... Quelle est votre langue maternelle en musique ? Ma première langue, c'est l'imagination ! Je la transforme en chansons dans l'espoir que mes idéaux puissent toucher le public. Peu importe qu'on décrive cela comme étant du trip-hop, de la pop ou du jazz. C'est la création active qui compte !
Dans la présentation qu'il vous consacre, le site internet des Vieilles Charrues vous positionne entre Marianne Faithfull et Sonic Youth. Vous y retrouvez-vous ? Définitivement, oui. Pour cette tournée, c'est absolument vrai. Cette fois, il y a beaucoup de rock. Maintenant, c'est très difficile de définir quelque chose d'aussi changeant qu'un artiste. Une année, mon travail se rapprochera de celui de Charlie Haden, une autre, ce sera de celui de Marianne Faithfull. Je dois dire que je n'avais jamais pensé à un rapprochement avec Sonic Youth, mais c'est pertinent. Je crois que l'esprit de ce que je fais se situe quelque part entre les Beatles, les Doors, Cat Power... Mais c'est impossible de ne citer que quelques noms. Et même de se borner à la musique. J'ai l'impression de me tenir quelque part entre Stanley Kubrick et un dramaturge. Quand on est sur scène, la façon dont on joue se rapproche souvent du théâtre ou du cinéma.
Est-il vrai que c'est l'élection de George Bush qui vous a redonné l'envie d'écrire des chansons après quelques années d'abstinence ? Tout à fait. Ça commence à dater mais c'est vrai. Dans mon album « The evening of my best day », la chanson « Ugly man » (traduction : homme laid) lui est effectivement dédiée. Disons que son élection m'a donné un thème (rires).
Le père de votre fille est français et vous avez vécu quelques années dans notre pays. Qu'en pensez-vous ?
J'aime énormément la France. Concernant la Bretagne, j'ai dû y aller en 1981 lors d'une tournée française où j'avais enchaîné beaucoup de dates. Mais c'était il y déjà si longtemps !
Rickie Lee Jones est aussi à l'affiche d'Autour du Blues le dimanche 5 août à Binic. Rens. 02.96.85.93.36. Site internet : www.autourdublues.com