La devise du Festival de Cornouaille est : « Sans hier et sans demain, aujourd'hui ne vaut rien ». L'adoptez-vous ?Bien sûr, parce que c'est vrai que l'avenir se construit à partir de l'histoire. On peut utiliser l'image de l'arbre : sans racine, il n'y a pas de fruit. Mes textes se nourrissent de l'ancienne poésie bardique,
mes mélodies puisent également dans le passé. J'ai chanté beaucoup de traditionnels et il m'arrive encore de le faire. Seulement, à partir de cette base, j'ai essayé de développer une musique plus personnelle, qui corresponde mieux à notre époque et à la sensibilité d'aujourd'hui. Partir de la tradition est le propre de beaucoup de musiciens en Bretagne. Chacun apporte sa pierre et laisse son empreinte du temps présent. De toute façon, on ne peut pas créer une musique ou une culture de toute pièce, sans faire référence à la mémoire. Ou alors c'est un effet de mode, quelque chose de préfabriqué qui ne durera pas. Les musiques comme le blues, la country ou le rock se sont nourries du passé. Contrairement à ce qui est arrivé dans d'autres régions en France, nous avons la chance en Bretagne d'avoir conservé une culture musicale. On a perdu des choses mais on en a gardé beaucoup aussi. Nous avons des références à notre disposition, une matière à partir de laquelle on peut construire.
Qu'allez-vous chanter à Quimper, et dans quelle formation ? Ce sera une formation entièrement acoustique, de huit musiciens. On va présenter des titres qu'on a déjà eu l'occasion de jouer, mais entièrement revisités. C'est le parti pris de cette soirée. Des chansons autrefois soutenues par de la musique électronique seront interprétées avec une instrumentation nouvelle. D'autres que je chantais déjà en acoustique ont été revues entièrement. Il y aura par exemple des thèmes nouveaux incrustés dans certaines mélodies. Nous interpréterons quelques traditionnels mais l'essentiel du programme est basé sur mes compositions. La plupart des titres proviennent de l'album « Sarac'h ». Il y en a d'« Irvi » également.
Quels instruments originaux vos musiciens utilisent-ils ? Il y a par exemple le sax en bois dont joue Cyril Bonneau. Michaël Cozien a ajouté la gaïta à ses cornemuses et biniou koz habituels. Par rapport aux concerts précédents, on développe aussi considérablement l'aspect percussions. La batteur David Ruzaouen s'est mis au cajone, une percussion utilisée notamment dans le flamenco. Il possède un son tribal, très profond. Le cajone s'adapte bien à la musique bretonne. Son côté transe correspond à l'esprit des danses.
Vous vous produisez régulièrement au Festival de Cornouaille. Qu'y appréciez-vous plus particulièrement ?
C'est vrai que j'y chante souvent. C'est toujours avec un même plaisir. D'abord parce que c'est à Quimper, une ville que j'aime beaucoup. Le festival s'y fond complètement, un peu comme Les Tombées de la Nuit dans Rennes. Les places de la ville sont utilisées pour mettre en valeur les prestations des artistes : cela crée une ambiance spéciale.
A l'affiche 2007, on note également la présence d'Ismaël Lo et de Joan Baez. Que pensez-vous de ce mélange des genres ? Je trouve ça très bien quand des festivals s'ouvrent à d'autres musiques. On le voit aussi avec le Kann al Loar de Landerneau qui invite Johnny Clegg. Dans une manifestation comme le Festival du Bout du Monde de Crozon, principalement consacré à la world music, la musique bretonne a sa place. Et c'est bien aussi de faire l'inverse en invitant de la musique world dans unn festival à dominante bretonne. Heureusement que des festivals oeuvrent pour décloisonner les musiques. Parce qu'au bout du compte, il n'y a pas plusieurs musiques, il n'y en a qu'une seule : c'est la bonne musique (rires).
Quand découvrirons-nous votre prochain album ? Je ne sais pas encore, il n'est pas encore fini. Peut-être fin 2007, mais plus vraisemblablement en 2008. L'automne dernier, on a enregistré des premières maquettes en résidence à la ferme de Gwernandour de Brasparts. En réécoutant le résultat, j'ai pensé que cela valait la peine de retravailler certains morceaux, certaines mélodies. Il y en a que je ne vais pas reprendre et remplacer par d'autres. Mon souci, c'est que j'ai plus de titres que de place sur l'album ! En tout cas, ce sera un disque de compositions, entièrement acoustique, dans l'esprit du concert de Quimper.
Ferez-vous d'autres dates cet été en Bretagne ? Le 24 août à La Trinité-sur-Mer. Les concerts suivants en Bretagne viendront après l'été.