Au bout d'une cinquantaine de dates, comment vivez-vous votre tournée ? C'est une telle joie... C'est tellement fort, tellement incroyable ce qui se passe tous les soirs, que c'en est indescriptible ! J'ai beaucoup de mal à en parler aux gens qui n'ont pas vu le spectacle parce que mes propos pourraient paraître excessifs.
Il y a une véritable communion avec le public qui chante de la première à la dernière chanson. Comme aux plus beaux jours !
Vos concerts sont-ils différents selon les soirs ? J'ai un cadre, un ordre de chansons, quelques points de repères, mais ça évolue en fonction de l'ambiance. Entre les morceaux, il y a des passages qui relèvent plus du stand-up que de l'enchaînement répété. C'est plus amusant. Il y a des petits sketches, une dose d'humour et, visiblement, les gens ont l'air de bien se marrer. Ce n'est jamais exactement pareil, on essaie de faire en sorte que chaque spectacle soit unique.
Après plusieurs années, vous retrouvez votre public autour de vos propres chansons : a-t-il changé ? Oui, même si ceux qui venaient il y a quinze ans sont toujours là. Aux 15 ans de l'époque s'ajoutent les 15 ans d'aujourd'hui. La grosse dominante reste les 20-35 ans. Il y a aussi des personnes plus âgées qui avaient aimé « Entre-deux ». Tout ce monde fait très bon ménage.
Comment expliquez-vous que vos reprises de chansons de l'entre-deux guerres aient remporté un succès aussi phénoménal ? Les chansons étaient très belles. Mais je pense aussi que ça a été dû à un concours de circonstances. La France de 2002 était troublée et les gens ont ressenti le besoin d'entendre ces chansons comme « Les amants de Saint-Jean » ou « Y'a d'la joie », de revenir à ces mélodies et à ces valeurs.
Votre public d'aujourd'hui est-il toujours très majoritairement féminin ? Un peu moins qu'avant. On est passé d'un rapport 80/20 à un rapport 60/40 peut-être. Je vois beaucoup d'hommes qui viennent avec leur copine, en bande, ou même parfois seuls. C'est peut-être l'effet joueur de poker... Les hommes aussi sont contents du spectacle où, musicalement, on passe par tous les registres. Ça démarre assez rock, ça devient pop assez vite, et puis il y a une partie cabaret dans la tradition de la chanson française. Les gens retrouvent aussi mes anciennes chansons. Ils ont l'air vraiment heureux quand ils sortent.
Vous ouvrez votre spectacle sur « Alors regarde », un des morceaux qui ont déclenché la Bruelmania. Quel regard portez-vous sur ce phénomène des années 90 ? C'était à la fois très chouette, très gratifiant, mais aussi un peu déstabilisant. Ceci dit, lorsque je vois la relation que j'ai avec le public aujourd'hui, je ne ressens pas vraiment de différence avec ce qui a été qualifié de Bruelmania. Ce sont les descriptions des médias qui ont changé. A l'époque, on disait que le public était hystérique alors que maintenant on le décrit comme enthousiaste et volubile ! Je suis content parce que, si on retrouve les mêmes effets, le regard de tout le monde est désormais porté beaucoup plus sur l'artistique.
Les chansons de votre album « Des souvenirs devant... » commencent à prendre de la patine. Lesquelles vieillissent le mieux ? Finalement, je chante beaucoup de chansons de cet album sur scène et il y en a qui nous réservent de belles surprises à chaque fois. « Panne de mélancolie » marche toujours très fort.
Une chanson heureuse, ça fait toujours du bien. Oui, mais l'autre qui est probablement celle de l'album que les gens ont l'air de préférer, c'est « Adieu ». Une chanson très sombre sur les victimes du terrorisme.
Que recherchez-vous lorsque vous interprétez des titres comme « Adieu » ou « Peuple impopulaire », que vous avez adapté d'un texte engagé de Victor Hugo ? Je ne sais pas ce que je recherche. J'ai une sensation, un sentiment, et la meilleure façon que j'aie de l'exprimer est d'en faire une chanson. Il fallait que quelque chose sorte après le 11 septembre. De même pendant les émeutes de banlieue que j'ai vécues de près, puisque je faisais alors mon album à Montreuil, juste à côté. Le texte d'Hugo, - qui dit notamment « Il fallait leur donner leur part de la cité, et votre aveuglement produit leur cécité » - reste très actuel. Ce qui n'est pas du tout rassurant. On se rend compte que des schémas négatifs se perpétuent alors qu'on aurait dû apprendre à ne pas les reproduire.
Dans vos nouvelles chansons, vous abordez tous les âges de la vie, des bonheurs très intimes, des malheurs politiques : est-ce cela le rôle d'un chanteur populaire ? Ce n'est pas le rôle mais c'était mon envie. Je me suis laissé aller au plaisir de ma plume, au désir du moment. L'album « Des souvenirs devant... » est un instantané de mes préoccupations. J'avais besoin à la fois de poser un regard sur ce qui m'a semblé marquer les dernières années et aussi d'exprimer des choses très personnelles, très autobiographiques.
Quel sentiment éprouvez-vous en chantant les mots écrits par votre femme ? Et qu'Amanda soit écrivain crée-t-il une émulation ? J'étais très content qu'Amanda m'ait donné trois textes. J'ai eu beaucoup de chance, elle écrit tellement bien ! Oui, le fait qu'elle soit écrivain peut créer une émulation, mais c'est aussi paralysant quand on est au contact de quelqu'un qui possède un tel talent, une telle fulgurance... Elle est vraiment impressionnante. Et puis à Brest, elle arrive en terrain conquis !
Parce que votre belle-famille maternelle est bretonne. D'où ? De Bénodet et de la région de Brest. Ils seront tous au concert de Brest. Il y aura probablement aussi une chanteuse proche qui assurera la première partie. Mais j'aime mieux que son identité demeure une surprise...
Participerez-vous aux festivals d'été ? Et vous verra-t-on un jour à l'affiche des Vieilles Charrues ? Je fais effectivement des festivals d'été, mais on ne m'a pas parlé des Vieilles Charrues. En tout cas, si un jour on me le demande, je suis preneur. J'en ai vachement entendu parler par mes copains qui s'y sont produits et qui ont tous été très heureux de le faire.