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Eddy Mitchell. « Mon spectacle est plus rock'n roll »

Entamée au Palais des sports, à Paris, début mars, la nouvelle tournée d'Eddy Mitchell passe par Nantes, Rennes et Morlaix, mercredi, jeudi et vendredi. L'occasion, pour le jeune soixantenaire, de défendre avec une jubilation intacte son dernier album, « Jambalaya ». Un disque country-rock rendant hommage à l'Amérique qu'il aime, qui n'est pas celle de George Bush.

Le « Jambalaya Tour » fait escale en Bretagne cette semaine. A quoi ressemble ce spectacle ? Il y a un chanteur, c'est moi, une vingtaine de chansons et un décor inspiré de La Nouvelle-Orléans. Il y a aussi pas mal de musiciens qui ont participé à l'album, dont le groupe Jack Shit, qui joue habituellement avec Elvis Costello,
ou encore des incontournables comme Basile Leroux à la guitare et Michel Gaucher au sax. D'une manière générale, c'est un spectacle plus rentre-dedans que les précédents, plus rock'n roll. Le public doit-il s'attendre à une mise en scène spectaculaire ? Spectaculaire est un peu exagéré. Je ne suis pas du genre à envoyer des tanks dans la salle. L'important, à mes yeux, est d'offrir un très beau décor, d'avoir un excellent son et de proposer de la bonne musique. Voilà ce qui m'importe. Le choix des chansons a-t-il été un problème ? Oui et non. Il faut, bien sûr, proposer des nouvelles chansons. Mais je me mets toujours à la place du public qui, lorsqu'il va voir un artiste qu'il aime et qu'il suit depuis des années, a envie d'entendre des incontournables. Donc, il y aura des chansons inévitables mais toujours agréables comme « Le cimetière des éléphants » ou « Couleur menthe à l'eau ». Comment voyez-vous votre public ? Je suis très myope et je ne vois pas très bien. Plus sérieusement, il y a une longue histoire entre lui et moi. Il y a aussi de nouvelles générations qui me découvrent et c'est heureux. Il serait dommage de n'avoir que des gens de notre génération dans les salles. Comment vous êtes-vous préparé à cette tournée marathon ? En faisant un régime ! Non, je plaisante... C'est vrai qu'il s'agit d'une longue tournée qui va nous amener jusqu'au mois d'août. Mais avec l'expérience, on arrive à gérer la fatigue. Le plaisir de se retrouver, avec les musiciens et le public, est également très motivant. Et puis, pour être honnête, il n'y a plus les mêmes galères qu'à une autre époque sur les tournées. Les salles sont belles. Il y a un respect du public et des artistes. Les transports sont ceux du XXI e siècle. Votre pote Johnny Hallyday chante avec vous sur le titre « On veut des légendes ». Sera-t-il présent, également, sur des dates de la tournée ? Je ne sais pas trop. Je crois surtout qu'on va lui foutre la paix. Le pauvre est sur les routes depuis un bon bout de temps et il arrête quand nous on commence. Si je lui dis c'est reparti, il ne va pas forcément être d'accord. Ne pensez-vous pas qu'il va s'ennuyer ferme, dans son exil suisse de Gstaad ? Ça dépend. S'il se lance dans le trafic de chocolat ou les attaques de banques, tout ira bien. Vous pourriez, de votre côté, faire comme Johnny en vous installant en Suisse ? Je n'ai pas envie de vivre en Suisse. Maintenant, je comprends très bien sa position. Il y a un moment où il faut voir les choses en face : en France, tout le monde est tondu par le fisc ! Votre album est aux couleurs du Sud des États-Unis. Dans le même temps, vous êtes très critique vis-à-vis de la politique de George Bush... C'est vrai. Mais c'est comme ce ministre québécois qui a dit : si je vais en France, je ne vais pas m'occuper de la Corse. Aux États-Unis, il y a une autre façon de vivre qui ne peut pas convenir à un Européen. La discipline qui est imposée, je n'aime pass trop ça. Avec Bush et son gouvernement, ils ont le pompon, le pire de tout. A quoi fait référence « Jambalaya », le titre commun de l'album et de la tournée ? A une vieille chanson country d'Hank Williams, qui est un peu le « papa » du rock blanc. C'est un standard que j'ai toujours aimé mais qui est longtemps resté méconnu en France. Lorsqu'il a été connu, c'est devenu grave car il avait été transformé en danse et ça s'appelait du bayon. Une danse immortalisée par Mireille Mathieu qui nous a tant fait rire... Dites-nous aussi un mot sur votre rencontre avec Little Richard, qui chante également sur un titre de votre album. Little Richard, je l'avais déjà rencontré lors du précédent album. Lui, c'est vraiment l'idole rock'n roll. Lors de cette nouvelle rencontre, j'étais en studio à Los Angeles. Un des musiciens me dit à un moment : si ça ne te dérange pas, il faut que je prenne dix minutes de break. Moi, je m'en foutais, je n'étais pas le producteur. Il m'explique alors que son « patron » doit lui donner les dates de tournée. Le patron, c'était en fait Little Richard, qui se pointe au studio comme s'il allait monter sur la scène du Châtelet pour une opérette avec un collier de chien autour du cou, la perruque, le mignon, le chauffeur, le garde du corps, l'agent... Tout ça pour donner trois dates de tournée ! Il se souvient alors que j'ai adapté des chansons de lui il y a longtemps et me dit : Eddy Mitchell, je vous connais, soyez béni, Dieu est avec vous. Je lui réponds : c'est gentil, je le vois souvent d'ailleurs. Au final, il a accepté de faire un duo en venant en studio en Limousine. Il nous a fait tout le show et c'était vraiment bien. Dans l'une de vos chansons, vous dites vouloir vous réincarner en cheval. Pour jouer dans les westerns ? Non non. C'est par rapport à l'horoscope chinois dans lequel je suis cheval. Ou bourrin si vous préférez. Ou pourquoi pas étalon. Mais là, ça se saurait !

Propos recueillis par Jean Philippe Quignon


« Je ne suis pas du genre à envoyer des tanks dans la salle. L'important à mes yeux est d'offrir un très beau décor d'avoir un excellent son et de proposer de la bonne musique ». (Photo Claude Prigent )
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