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Graeme Allwright. Un sage en marge du show-business

Venu sur le tard à la chanson, Graeme Allwright n'en fête pas moins ses 40 ans de scène. A 81 ans, accompagné de ses deux musiciens malgaches, le Néo-Zélandais aux pieds nus va effectuer une tournée bretonne en cinq étapes. Un plaisir pour cet artiste au sang celte qui ne boudera pas le plaisir du public en reprenant ses grands classiques : « Suzanne », « Jolie bouteille », « Les retrouvailles », « Jusqu'à la ceinture »...

Que réservez-vous au public breton ?
Des chansons : des peu connues, d'autres pas du tout parce qu'elles n'ont pas été enregistrées, et puis évidemment, surtout vers la fin, les anciens titres que le public a envie d'entendre et de reprendre avec moi. Je crois savoir que dans certaines villes,
des choeurs d'enfants se joindront à moi pour chanter ma version de « La Marseillaise ». Qu'est-ce qui vous a donné l'envie d'en proposer votre propre version ? Cela fait des années que je suis étonné que les Français continuent à interpréter un chant de guerre. Lorsque j'ai appris que les enfants étaient obligés d'apprendre le texte officiel, cela m'a donné l'envie d'en changer les paroles. J'ai été vraiment possédé par cette idée pendant une dizaine de jours, jusqu'à ce que je trouve d'autres mots*. Ils ne dépaysent pas par leurs sonorités, seulement ils disent quelque chose de complètement différent. Le texte est distribué à l'entrée de mes concerts. J'ouvre la soirée en l'interprétant a cappella et après tout le monde le chante avec moi. Quel est votre public en 2007 ? Il est très familial. Au départ, c'étaient des soixante-huitards. Je crois qu'ils s'étaient tellement attachés à mes premières chansons qu'ils les ont fait écouter à leurs enfants et petits-enfants. Si bien que plusieurs générations assistent à mes concerts. C'est très sympathique et chaleureux. Je suis d'ailleurs toujours étonné que, sans média, le public continue à répondre présent. Vous êtes effectivement absent des télés, des radios, vous ne possédez pas de site internet officiel : la médiatisation ne vous intéresse pas ? Je ne la recherche pas. J'ai cette chance de ne pas avoir besoin des médias pour vivre et c'est très bien comme ça. Je suis en marge du show-business. Au début, lorsque je faisais des tournées six jours par semaine, c'était très fatigant. Et puis il y avait des soirs où je n'avais pas envie de chanter et où il fallait y aller quand même. Ce n'était pas bien. Maintenant, on travaille toute l'année avec des municipalités et des associations qui nous offrent un excellent accueil. Combien de concerts donnez- vous par an ? Et dans quels pays ? Je n'ai pas compté, cela dépend. Oh ce n'est pas énorme : cinq ou six concerts par mois et puis quelquefois une série de dates qui s'enchaînent. Mais ce ne sont plus des tournées comme autrefois. Je joue essentiellement en France, en province. Il m'arrive aussi d'aller en Belgique et en Suisse. Beaucoup de gens ont appris vos chansons dans des camps de vacances ou sur des cahiers de chansons, sans forcément vous avoir entendu les interpréter. Qu'est-ce que cela fait d'appartenir au patrimoine national français ? Ah (rires) ! Je suis un peu conscient de ça. Combien de fois n'ai-je pas entendu des gens me dire : « vous avez bercé toute mon enfance ! ». Mais quand j'ai commencé, je ne pensais pas du tout à ça, je ne savais pas que mes chansons allaient suivre ce chemin-là. J'y suis très sensible. Vous avez donné votre premier concert en Nouvelle-Zélande, votre pays d'origine, à près de 80 ans. Comment cela s'est-il passé ? Très bien. J'ai rencontré à Paris un excellent saxophoniste néo-zélandais qui m'a donné envie de jouer au pays. Il a monté une tournée sur place où de très bons musiciens néo-zélandais m'accompagnaient. Je ne suis pas du tout connu là-bas où ce qui se passe en France n'intéresse pas trop les gens. C'est les antipodes ! Mais c'était très émouvant pour moi d'y chanter. Le public est venu parce qu'il a trouvé mon histooire intéressante. Un Kiwi devenu chanteur populaire en France, c'est quand même assez rare. Quelle est votre philosophie de la vie aujourd'hui ? La question est difficile. Je pense que l'humanité est à un tournant de son histoire et que cela va devenir de plus en plus critique. Il suffit de voir le réchauffement climatique pour s'en convaincre. Je crois que la prochaine étape pour l'humanité sera l'accession à un plan spirituel. Il n'y a pas d'autres solutions. Et cela passera forcément par des souffrances. Une grande mutation est en cours avec l'accélération de l'évolution technologique qui fait avancer les choses tellement vite. Beaucoup de gens aspirent à autre chose qu'à cette folie matérielle. Elle nous envoie droit dans le mur avec cette folie de croissance, le pillage des matières premières, la pollution qui ne cesse d'augmenter. Le monde est fou ! On est dans une impasse et ce ne sont pas les politiques qui peuvent nous en sortir. Votre espoir réside-t-il dans les valeurs que vous prôner dans votre version de « La Marseillaise » et que vous chantiez déjà il y a 40 ans dans « Les retrouvailles » ? Exactement. Il réside dans l'amitié, l'amour, la joie et la solidarité.

Propos recueillis par Frédéric Jambon


« Beaucoup de gens aspirent à autre chose qu'à cette folie matérielle. Elle nous envoie droit dans le mur. »
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