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Diam's. « On ne peut pas rapper sans rage »

Entourée d'un pianiste/multi-instrumentiste, d'un dj et de trois choristes, Diam's emportera ce soir à Brest près de 4.500 fans « Dans (s)a bulle ». L'égérrie du rap au féminin, « Petite banlieusarde » championne des ventes d'albums français en 2006, livrera sans artifice ses chroniques sociales et confessions intimes. Sincère et nature, « La boulette » se dévoile.

Votre précédent passage en Bretagne remonte au Festival des Vieilles Charrues à Carhaix l'été dernier. Comment avez-vous vécu ce moment ?
C'est inoubliable ! Je pense que c'est le plus gros concert qu'on ait jamais fait de notre vie. On s'attendait à jouer devant 10.000 personnes et il y en a eu 25.
000. On n'a rien compris. Les gens étaient fous et... Je ne peux pas l'expliquer. On aurait souhaité rester 4 heures de plus sur scène ! Il s'est passé un vrai truc avec le public. Et de voir des gens au début sceptiques qui se sont mis à kiffer avec nous, c'était magique. L'année 2006 marque votre consécration : trois distinctions aux NRJ Music Awards, classée 3 e dans le top des meilleurs revenus d'artistes français (2,66 millions d'euros) et première en terme de ventes d'albums en France. Ça ne vous donne pas trop le vertige ? Non, parce que je n'ai pas fait de la musique pour ça. Pour moi, la vraie consécration, c'est de faire des énormes salles complètes. La vérité, elle se trouve dans les salles de concert, quand les gens viennent et s'amusent avec vous. Maintenant, ce sont des distinctions attribuées par le public. Donc ça me touche. C'est aussi une distinction pour ma musique. Et je n'ai pas eu à changer ma musique pour passer dans les grands médias. Et ça, j'en suis très fière. En cette année d'élections, impossible de faire l'impasse sur vos engagements. Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen en prennent pour leur grade dans vos chansons. Pour qui allez-vous voter aux présidentielles ? Depuis que j'ai eu le malheur de dire à Ségolène Royal que j'aimais bien ce qu'elle disait et que tous les médias ont dit que j'étais avec elle, maintenant, je ne dis plus pour qui je vote. Mais j'irai voter quoiqu'il arrive. Est-ce que la politique vous intéresse ? Pas du tout. J'ai plus le sentiment de faire du civisme en invitant les gens à aller voter. La politique en elle-même, ce n'est pas un terrain que je maîtrise. Et puis, ça ne m'apporte pas plus que ça. Par contre, je sais que c'est très important pour le pays. Mais êtes-vous consciente que certaines de vos chansons véhiculent un message politique fort ? Non, je n'ai pas ce sentiment-là. Pour moi, qu'on mate le Front National, ce n'est pas un message politique, c'est un message humain, c'est normal en fait. Quand j'attaque Marine Le Pen, je fais de l'humanisme. C'est de l'humanitaire presque. Dans le morceau « Ma France à moi », vous dîtes « nos valeurs vaincront » : quelles sont vos valeurs ? Des valeurs de métissage, de partage, la chance d'avoir des cultures totalement différentes, la chance d'avoir de l'ambition, d'en vouloir et d'en avoir dans l'froc aussi. Je suis contre une France nostalgique parce que j'ai l'impression qu'elle ne nous regarde pas et qu'elle fait comme si on n'existait pas. Vous avez vraiment l'impression d'être à part ? Non, pas à part en soi, mais j'ai vraiment l'impression qu'il y a plusieurs France. Quand je vois des millions de personnes qui votent FN en 2002, c'est sûr qu'il y a dans cette France des gens que je ne comprends pas, que je ne connais pas. Des gens qui nous blâment au lieu d'essayer de comprendre qu'on n'est peut-être pas partis avec les mêmes chances au départ, des gens qui nous tapent sur la gueule. Ce n'est pas comme ça qu'on aide les jeunes. Est-ce que les titres « Ma France à moi » et « Dans ma bulle » représentent les deux facettes d'un même monde ? Il y a plein de facettes, plein d'humeurs. Je pense que la France est un pays d'humeurs. Je n'ai pas le sentiment qu'il n'y ait que deux mondes en fait. Ce n'est ni tout noir ni tout blanc alors ? Non. Moi je suis comme ça parce que je suis assez extrême : c'est noir ou blanc. Mais il y a des personnes qui m'ont étonnée. Ça m'a aussi fait grandir de voir des gens qui n'étaient pas du tout de la même catégorie sociale que moi apprécier et comprendre mes écrits, même s'ils n'étaient pas d'accord avec tout. Il y a eu des débats où on m'a dit « Pourquoi vous tapez autant sur Sarkozy ? » . J'ai eu des discussions avec plusieurs personnes et certaines avaient de très bons arguments pour, pas me faire changer d'avis mais en tout cas peut-être, modérer mes pensées. Et ça, c'est une preuve d'intelligence de leur part. Lorsqu'on écoute « Feuille blanche » ou « Jeune demoiselle », on a l'impression que vous, vous ne pensez pas avoir droit au bonheur. Est-ce vrai ? Ouais, c'est bizarre. Je le dis dans un nouveau morceau que j'ai fait et qui sortira sur mon DVD : « J'ai vu le bonheur sévir chez les autres, moi j'aimerais qu'il me chérisse ». C'est un peu ça. Mais très bizarrement, que ce soit dans l'échec ou dans le succès, je me suis aperçue que ce n'est jamais rose en fait. Infidélité, tentative de suicide et violence hantent vos textes : avez-vous vécu tout ce que vous chantez ? Oui, tout ce que je raconte est autobiographique. Que ce soit dans la chanson « T.S. » où je raconte la honte d'avoir fait une tentative de suicide à 15 ans - car j'ai honte aujourd'hui d'avoir fait ça -, ou encore d'avoir été trahie ou bien déçue par l'amour parce que j'ai été battue : je suis le petit reporter de ma vie et de ce que je vois. Pourquoi avoir choisi le rap pour exprimer votre mal-être ? Peut-être que d'aller voir un psychologue aurait permis de régler le problème. Mais je crois que j'ai une vraie passion pour l'écriture : j'aime écrire, j'aime rapper, j'aime le rap français. Donc, c'est une musique qui me plaisait au départ. Mais j'ai mis très longtemps à me livrer. Au début, c'était plus la performance et les ego-trips comme on dit qui me plaisaient. Et puis, au fil du temps, je m'en suis servi pour alléger mes peines. Est-ce que le rap est pour vous forcément militant ? Oui, je pense qu'il ne va pas sans militantisme. On ne peut pas rapper sans rage, sans rien avoir dans le bide. Est-ce que vous vous imaginez rappeuse dans 20 ans encore ? Non, je ne crois pas. Parce que je vais grandir, parce que je vais sûrement être mère de famille, je me le souhaite, et qu'au bout d'un moment... Pour l'instant, je ne me vois pas arrêter la musique. Dans 20 ans, pour moi, je ferai toujours de la musique. Mais du rap pur et dur comme j'en fais là, je ne sais pas. Pensez-vous être devenue le modèle féminin des années 2000 ? Non. Je n'ai jamais eu la prétention de rien. Je suis ni porte-parole, ni modèle, ni quoi que ce soit. Je ne suis pas à l'abri d'une connerie demain. Par contre, je veux bien être un exemple de jeune qui s'en sort.

Propos recueillis par Gwenaëlle Fleur


« Tout ce que je raconte est autobiographique. Je suis le petit reporter de ma vie ». ( Photos Simon Emmet )
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