L'ensemble des expositions que vous présentez à Morlaix s'intitule « Un peintre dans la ville - la position de l'incertitude ». Pouvez-vous nous expliciter ce titre ?« La position de l'incertitude » est un terme scientifique. C'est Werner Karl Heisenberg qui, en 1927, a réussi à fixer cette théorie mathématique.
Pour moi, c'est le problème de la couleur qui se trouve démontré par cet axiome. Plus il y a de lumière, moins je sais de la couleur. Et plus il y a de couleur, moins la lumière se donne. La couleur est gênante pour les peintres et on ne peut pas faire sans. Dès que la couleur arrive, c'est le désordre qui s'introduit. C'est quelque chose qui est très moteur dans cette exposition. Quant à « Un peintre dans la ville », c'est le conservateur en chef du musée de Morlaix, Patrick Jourdan, qui a adjoint ce sous-titre qui est en même temps très important en ce sens qu'il dit ma volonté de ne pas rester confiné dans le musée. Un peintre est avant tout et fondamentalement dans la vie avant d'être dans le musée.
Comment va se dérouler cette exposition ?
Je fais une proposition au musée. Il y a de très grandes gravures, des bois gravés, des éléments en volume. On y trouve un grand creuset de lumière, un grand chaudron en fonte et quelques peintures qui articulent un peu tout ça. Il y a aussi un grand châssis en aluminium fondu sans peinture et barré d'une échelle dont les barreaux sont des lettres qui forment le mot incertitude. C'est quelque chose qui est autonome, qui n'a pas besoin du mur, qui tient avec un mot. Plus la peinture est mise en péril, plus sa virulence peut être tendue.
Qu'allez-vous présenter à la CCI ?
Le fait que je n'ai pas souhaité faire un catalogue m'a conduit très rapidement à penser des espaces d'accueil et donc la CCI de Morlaix. Je pointe comme ça du doigt, d'une façon très simple, le rapport de l'industrie, du commerce et de l'art. Je pense qu'il faut les mêler. J'y présente des gravures que j'ai faites il y a une dizaine d'années sous le titre « Je serai deux fois plus fort ». Ce titre vient d'ailleurs de celui d'un article des sports du Télégramme. J'ai souvent fait ça. C'est donc aussi un clin d'oeil d'humour qui n'est pas du tout une leçon que je veux donner.
Vous allez également intervenir dans les pages locales du Télégramme. Est-ce un défi ?
C'est un formidable et redoutable terrain d'expérimentation. Bonjour les fessées sans doute ! La sentence populaire n'est pas toujours intéressante ou créatrice de mouvement parce qu'elle se retourne souvent sur le passé mais ça, j'accepte... Je travaille avec le graphiste Alain Le Quernec qui est très impliqué dans le journal lui-même. L'intervention dans Le Télégramme consistera en une grande image au verso de laquelle figureront un peu de rédactionnel et d'autres images sans doute qui permettent d'affiner le concept abordé dans la grande première image. Je suis parti d'un glossaire composé de certains mots qui m'intéressent et qui sont en jeu dans le travail. A la fin de l'expo, il y aura ainsi une douzaine de publications qui constitueront un collector.
Quels mots appartiennent à ce glossaire ?
La première publication qui se fait jeudi, le jour précédant l'inauguration, reprend la thématique du titre de l'expo sur « la position de l'incertitude ». Ensuite, il y aura quelque chose qui a trait à « l'oubli ». Puis « voir », c'est très important et je poserai la question à des aveugles. Le quatrième c'est « gagner », début mars, tout le monde comprend... Je vais essayer d'aborder avec quelques accteurs un peu plus repérés les différentes notions que recouvre ce terme. Parce que gagner n'est pas la même chose pour un politique, un boxeur, un artiste ou un torero...
Les publications du Télégramme seront-elles exposées ?
La Maison à Pondalez, qui est le Musée de Morlaix hors les murs, se remplira des publications du Télégramme et des éléments annexes y participant : des dessins, des croquis, des mots, des photos... Il y a un autre volet important présenté à la Maison à Pondalez. Ce sont toutes les collaborations que j'ai dans le domaine urbain. Depuis une quinzaine d'années, je partage mon temps d'invention entre la peinture et puis le mobilier urbain avec une agence nantaise qui fait notamment un très gros travail autour du tramway. Je présente donc des dessins de préparation et quelques éléments de mobilier. Ces éléments disent aussi le fait que je me soucie d'une présence dans la ville, dans l'espace public ou disons plutôt dans l'espace partagé. Cette pratique est très liée au développement de la peinture ou des gravures que je fais. Elles agissent en synergie.
Vous êtes à la fois enseignant aux Beaux-Arts de Grenoble et artiste. L'un des métiers ne cannibalise-t-il pas l'autre ?
Je sais que souvent des enseignants se sont un peu desséchés parce que les étudiants sont très gourmands. Ce sont plutôt les étudiants qui sont des cannibales ! Donc, il faut aussi se défendre. La méthode que j'ai finalement peu à peu mise au point est de ne pas me considérer comme un prof qui sait face à des étudiants qui ne savent pas encore et qui deviendraient des artistes. Moi je dis qu'un étudiant de première année peut faire aussi bien et même mieux que moi. Donc j'ai les mêmes problèmes que mes élèves. Du coup, j'ai envie de travailler. Et le fait d'être avec les étudiants et de me mettre en situation de travail, c'est une seule chose.
Peinture et gravure sont-ils pour vous deux mondes très différents ?
Si l'on commence un peu à être inquisiteur, oui. Ce sont vraiment deux espaces, deux conceptions de l'inscription qui sont très différentes. C'est presque une lapalissade. Les gravures sont un salut que je fais de très loin à tous mes potes du néolithique supérieur. Et mes peintures, c'est l'indécente présence de la couleur.