Comment est née l'idée de ce film ? Antoine de Caunes.- Je voulais faire une comédie sur la paternité avec Jean Rochefort, dont j'adore l'humour et la fantaisie. Mais en creusant le scénario, je me suis rendu compte que j'avais plutôt envie de parler d'une histoire d'amour impossible. J'ai tout
de suite pensé à Charlotte Rampling qui incarne pour moi la féminité parfaite. Ce film a été écrit pour eux, ils ont insufflé leur esprit aux personnages. Si l'un deux avait refusé de participer à l'aventure, il n'y aurait pas eu de tournage !
Charlotte Rampling.- Antoine m'a tout de suite avoué que ce film ne se ferait pas sans moi. Il m'a même écrit d'abord une lettre pour me dire qu'il rédigeait une histoire pour Jean Rochefort et moi, et que si cela ne me plaisait pas, il arrêtait tout ! C'était très flatteur, comme une robe haute-couture que l'on crée rien que pour vous, je ne pouvais pas refuser !
Que retouve-t-on de Charlotte Rampling et de Jean Rochefort dans vos personnages ?
Antoine de Caunes.- Tout est vrai, c'est leur histoire ! Non, bien sûr, c'est une fiction. Jean est Louis Ruinard et incarne toute la noblesse de l'esprit français. On y retrouve un homme qui n'aime pas la vie monocorde, qui met des paillettes et de l'extravagance pour embellir le quotidien. Comme Charlotte, le personnage d'Alice d'Abanville est une star du cinéma, secrète et sensible.
Charlotte Rampling.- C'est vrai qu'Alice a beaucoup de moi, ce côté volcanique et très british à la fois ! Je crois aussi qu'Antoine a mis beaucoup de lui dans tous les personnages du film et que cela donne une formidable alchimie.
Pourquoi avoir choisi de planter votre décor en Angleterre ?
Antoine de Caunes.- J'adore l'Angleterre que je connais depuis mon plus jeune âge. J'ai eu la chance de travailler pour des télévisions anglaises, j'aime leurs méthodes, leurs personnalités et bien sûr leur humour. Comme dit Louis Ruinard dans le film : « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Venus, et les Anglais viennent d'Angleterre ». Cette différence de culture servait bien la comédie car Louis est perdu loin de la France, il est en complet décalage alors qu'Alice est chez elle.
Charlotte Rampling.- C'est vrai que moi j'ai le beau rôle car dans la vie je partage vraiment mon temps entre les deux pays. Je prends l'Eurostar comme je prends le bus. J'aime les différences entre les Anglais et les Français. Je me nourris des deux et c'est ma plus grande force.
Comment était l'ambiance sur le plateau ?
Antoine de Caunes.- J'étais mort de trac mais quand j'ai vu l'intensité qu'il y avait entre Jean et Charlotte dès les premières minutes de tournage, j'ai vu les personnages avec lesquels je vivais depuis des mois s'incarner sous mes yeux. Quelle récompense ! Tous les deux étaient très disponibles, il y avait un grand climat de confiance. Je suis souvent resté bouche bée devant leur talent mais aussi devant la qualité de jeu de tous les autres acteurs. J'ai eu un casting et un tournage de rêve !
Charlotte Rampling.- J'ai trouvé l'ambiance très heureuse. Antoine est un metteur en scène très attentif qui sait parler des choses graves avec légèreté. Et quel plaisir de faire une comédie, surtout avec Jean et le reste de l'équipe. On a beaucoup ri !
Quels sont vos projets ?
Antoine de Caunes.- Nous continuons la promotion de « Désaccord parfait », c'est comme un enffant que l'on accompagne dans ses premiers pas. C'est à la fois indispensable, touchant et un peu inquiétant car on ne sait pas ce qu'il va devenir. Ensuite, je vais finir d'écrire mon prochain scénario qui tournera autour de la vie de Coluche, quand il s'est présenté pour les présidentielles en 1981.
Charlotte Rampling.- Moi aussi, j'aime bien prendre le temps d'accompagner la sortie d'un film. On a assisté aux avant-premières pour voir comment le public réagit et cela fait chaud au coeur de le voir rire en même temps que nous. Je n'aime pas trop parler de mes projets, je cultive mon côté mystérieux !