Comment avez-vous rencontré le Théâtre National de Corée ? En 2002, la troupe coréenne cherchait un metteur en scène français pour inscrire à son répertoire un de nos classiques. A l’époque, je présentais « Savannah Bay » de Marguerite Duras. Les gens savaient que je m’intéressais à l’Asie et on m’a proposé d’aller travailler à Séoul.
Une fois là-bas, j’ai découvert que le Théâtre National n’abritait pas seulement des comédiens mais aussi un ballet, un orchestre et un opéra. Ils ont tous la même mission : celle de préserver les patrimoines culturel et artistique coréens.
Qui a choisi d'adapter « Le Bourgeois gentilhomme » de Molière et Lully ?
C’est moi. Quand j'ai vu la beauté des danses, des costumes et de la musique sur des instruments anciens, je me suis dit que, plutôt que de monter Racine ou Corneille, on pouvait proposer « Le Bourgeois gentilhomme ». Adapter une comédie-ballet permettait de réunir comédiens, danseurs, musiciens et chanteurs. C’était aussi une belle occasion de confronter une oeuvre classique française à la richesse des traditions coréennes. En plus, c’était une première. Mais comme j’étais étranger, ça a été un peu compliqué à mettre en œuvre (rires). Il y a eu un gros travail d'adaptation et de traduction.
Peut-on rapprocher la mise en scène d'une œuvre de Molière et d'une pièce contemporaine comme celle de Rémi De Vos ?
Pour moi, il y a une part de mise en scène qui est liée à l'esthétique et à la chorégraphie. Je suis très attaché au rapport à l'espace et aux images. Le théâtre est un art total, on
doit apporter un soin extrême à tous les aspects de la représentation et pas seulement à l'interprétation. Moi, je situe les personnages à la fois dans un univers mental et un univers visuel. Par exemple, le « Bourgeois gentilhomme » commence et se termine par l'évanouissement de Mr Jourdain. Pendant cette seconde où il meurt d'amour, on voit défiler tout ce qu'il a fait pour en arriver là. La pièce de Rémi De Vos aborde aussi le domaine de l'inconscient, surtout à travers les liens familiaux et particulièrement mère-fils. On touche ici à des univers qui sont à la fois très violents et très drôles.
Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de faire appel à Catherine Jacob que l’on voit surtout au cinéma ?
Je sentais que cette actrice était exceptionnelle et qu’elle serait parfaite dans le rôle de la mère. Ce qui est beau, c’est qu’elle arrive à révéler plusieurs facettes de la femme : lionne dévorante, mère-castratrice mais aussi aimante. Je savais qu'elle serait capable de créer cette espèce d'univers à la fois proche du boulevard et en même temps très profond.
A-t-elle accepté le rôle immédiatement ?
Oui. Je ne l'ai proposé à personne d'autre. Je ne la connaissais pas mais je l'avais vue comme tout le monde à la télévision et au cinéma. Je lui ai envoyé le texte, une semaine après on s'est rencontré à Paris et elle m'a dit qu'elle aimait beaucoup la pièce. Ça s’est fait très simplement. Et puis je crois qu'elle a de la famille en Bretagne donc c'était aussi l'occasion d’y passer un moment.
A l'heure où l'on parle beaucoup d'internet et du téléchargement de films, comment voyez-vous l'avenir du théâtre ?
Je crois qu’il est complètement florissant. Ça fait dix ans que je dirige le CDDB à Lorient et le public n'a pas arrêté d'augmenter. Le théâtre est un art exceptionnel et fascinant parce qu'il implique un rapport direct avec le public. Internet, la virtualité, c'est une chose, mais il n'y a pas un art plus important que le théâtre. Le cinéma, pour moi, l’est moins. Une pièce est unique. D'un jour à l'autre, l'interprétation peut être très différente. C'est ce que recherchent les spectateurs.
Brest (29). « Le Bourgeois gentilhomme ou Le Jeu du Kwijok » jusqu’au samedi 7 à 20 h 30 au Quartz (de 10,50 à 20,50 ¤, 02.98.33.70.70).
Lorient (56). « Jusqu’à ce que la mort nous sépare » mardi 10, jeudi 12 et samedi 14 à 19 h 30, mercredi 11 et vendredi 13 à 20 h 30 au Grand Théâtre (13/25 ¤, 02.97.83.01.01).