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Miossec. Une saisissante "Etreinte"

Disponible depuis lundi, jour de la Saint Christophe, le nouveau Miossec présente douze chansons qui vous saisissent pour ne plus vous lâcher. « L’Etreinte » s’impose d’emblée comme l’un des plus beaux disques de l’année.

N’ayons pas peur des mots : « L’Etreinte », sixième album de Christophe Miossec, taquine la perfection. Amours chaotiques, charnelles, filiales, paternelles, ami brisé ou temps qui passe inspirent un chanteur au sommet de son art. Souvent imité, son style intime et incisif demeure unique. Chez le Brestois, le désespoir a la politesse de l’humour et le besoin de liberté ne se négocie pas. Il nourrit sa poésie directe de mots simples qu’il combine en images neuves, limpides, fulgurantes.

LE TALENT DE SE BONIFIER A CHAQUE ÉCOUTE
Les douze chansons de « L’Etreinte » l’illustrent en permanence. Bouts de textes choisis parmi bien d’autres : « L’amour c’est plus lourd que l’air, pas forcément nécessaire, parfois même ça rend idiot » (chanson « L’amour et l’air ») ; « Tant pis pour les victoires et tant mieux pour les défaites, de toute façon on a toujours l’air aussi bête » (« 30 ans »). L’artiste reste crédible lorsqu’il chante de sa voix chaude, plus profonde et mieux assurée que par le passé : « Si je reste si indocile, j’ai respecté tous mes serments » (« Mes crimes : le châtiment »). Fidèle à sa première maison de disques - PIAS en Belgique -, il a pris le temps de peaufiner un album qui a le talent rare de se bonifier encore à chaque écoute. Saisissantes, les mélodies sont à la hauteur des paroles tandis que les arrangements brillent autant par leur diversité que par leur inventivité. Guitares sèches ou au goût « vintage », cordes, cuivres, flûtes à bec enfantines et scie musicale enrichissent la palette des couleurs. Pour la réalisation, Christophe Miossec a travaillé avec son complice Jean-Louis Piérot. Enregistrant à Bruxelles, la ville d’adoption du chanteur, ils se sont appuyés sur une remarquable équipe de musiciens du pays. Dont quelques membres de Zita Swoon avec lesquels Miossec est récemment intervenu au Festival du Bout du Monde de Crozon. Lauréat 2005 du Grand Prix du Disque Le Mag’ Le Télégramme avec « 1964 », Christophe Miossec avait alors reçu un trophée original (un plat HB Henriot) spécialement créé par le peintre brestois Paul Bloas. Il lui a depuis demandé de mettre en images les chansons de « L’Etreinte ». Les portraits et croquis sont la cerise sur le gâteau.
« Cette fois, je suis assez sûr de mon coup »
Christophe Miossec nous a récemment livré quelques confidences sur son nouvel album. « L’Etreinte » est tout juste disponible alors qu’on l’attendait dans les bacs dès le mois de janvier.
Pourquoi avez-vous choisi de différer sa sortie ?
Parce qu’il a fallu refaire des chansons. Il y en a qui sont passées à la poubelle. Arrivé à un certain âge, tu n’es pas dupe lorsque certains disques sonnent comme des casseroles. Ce n’est franchement pas agréable de devoir le reconnaître mais c’était le cas et il a fallu élaguer.
En découvrant le résultat, on se dit que cette fois, vous aurez du mal à critiquer votre travail aussi sévèrement que d’habitude.
C’est vrai que faire de la promo avec cet album, c’est cool. Ce n’est pas du tout ma nature en temps normal avec le boulot - d’habitude je suis un peu honteux de ce que j’ai fait -, mais cette fois, je me sens assez sûr de mon coup.

Quand a commencé ce sixième album ?
Il y a sûrement de vieux trucs qui ont dû remonter à la surface mais j’ai commencé à écrire les textes il y a environ un an. Au départ, avec Jean-Louis Piérot, on a travaillé à Plouescat, dans une maison face à la mer que des gens super charmants nous avaient prêtée. Les premières maquettes - presque la moitié du disque en fait -, ont commencé là-bas.

Quelle est la première chanson du disque que vous avez écrite ?
C’est « Maman ».

Comment votre mère a-t-elle réagi en découvrant ce morceau ?
Je n’ai pas de nouvelles (rires)... Je l’avais chantée lors de la petite tournée bretonne de l’automne dernier et quand je suis revenu à la maison à Brest, elle avait lu des articles et m’a demandé : alors il paraît que tu as écrit une chanson sur moi ? Je lui ai répondu : mais non ! C’est une chanson sur toutes les mamans, pas une seule en particulier.

La relation amoureuse demeure l’un de vos thèmes de prédilection. Mais dans « L’Etreinte », vous l’élargissez à l’amour filial ainsi que paternel dans votre berceuse « Bonhomme ». Est-ce par désir d’exprimer d’autres sentiments ?
Avec la musique, le problème c’est d’affirmer quelque chose de personnel au départ. Cela devient super intéressant quand tu as trouvé un soi-disant style mais après, il ne faut pas que ça devienne un fond de commerce. Alors, arrivé au sixième album, on se dit qu’on va changer la ligne de vêtements (rires). C’était important de partir dans d’autres thèmes. Et je pense que plus ça ira, plus ce sera l’idée.

Depuis plusieurs semaines, on entend régulièrement « La facture d’électricité » à la radio. Pourquoi avez-vous adopté une mélodie entraînante et enjouée alors que le texte évoque une situation sociale et amoureuse chaotique ?
J’aime bien le contraste. Cette chanson, je l’ai composée en me disant : les gens m’affirment que mes paroles, c’est pas mal, mais qu’il n’y a pas de mélodie dans tout ça. Alors je me suis dit : vous allez voir, je vais vous en foutre moi de la mélodie (rires) ! Tu prends ta guitare, tu fais « papalapa », et en voilà de la mélodie !

Comment est née votre chanson « La mélancolie » ?
Je voulais placer le mot « communiste ». Je pense que c’est d’avoir travaillé avec Gérard Jouannest, qui est un super coco, qui m’en a donné l’envie. Et puis j’ai de la famille communiste aussi. Donc la question était : comment joue-t-on avec ce mot ? Comment peut-on le placer ? Et finalement, c’est l’idée de la mélancolie qui a fini par surgir. Parce que c’était formidable le communisme, quand on y croyait.

Gérard Jouannest, époux de Juliette Gréco, pianiste de Jacques Brel, a composé la musique de votre chanson « 30 ans ». Comment la collaboration s’est-elle passée ?
J’ai beaucoup sympathisé avec ce bonhomme qui a déjà une telle vie derrière lui… Je m’en suis rapproché lorsque j’ai travaillé avec Gréco. Mais pour la musique de « 30 ans », je n’avais rien demandé. C’est son fils qui m’a dit : mon père t’aime bien, ce serait intéressant que vous fassiez quelque chose ensemble. Et voilà, il m’a envoyé cette musique. Et quand je l’ai eu au téléphone, il m’a indiqué : attention mon petit Christophe, ce n’est pas un fond de tiroir, je l’ai faite pour toi !

Votre chanson « Quand je fais la chose » ne manque pas d’humour. Est-ce que votre compagne y est sensible ? Euh, oui... L’expression « Quand je fais la chose » vient de sa famille et elle m’amuse ! Mais je suis vraiment content que l’humour de la chanson se remarque parce que c’était vraiment ça le but du jeu.

Les arrangements de « L’Etreinte » brillent par leur variété et leur richesse. Vous y utilisez beaucoup de choeurs : est-ce pour donner une couleur pop à vos morceaux ?
Ce sont les membres du groupe Zita Swoon qui font les choeurs, sur « La facture d’électricité » et « La mélancolie » entre autres. L’idée était de compenser ma voix. Comme je ne suis pas capable d’en faire grand chose, j’ai pensé que des choeurs allaient me donner un sérieux coup de main !

« L’Etreinte » est aussi une oeuvre originale grâce aux peintures de Paul Bloas. Où les a-t-il réalisées ?
Il est venu au studio d’enregistrement à Bruxelles. Moi je pensais qu’il allait se comporter comme un photographe : deux/trois prises et puis basta. Eh bien non ! Tu te réveilles tous les matins, tu vas au studio et Paul est là en train de dessiner ! Il est incroyable : il est resté sur place facilement quinze jours pendant lesquels il a dû réaliser 500 croquis ! C’est un fou furieux (rires) ! C’était génial pour les musiciens qu’il vienne en studio avec nous : sa présence nous a beaucoup aidés. Dans une période où les boîtes de disques s’en ramassent plein la gueule avec la crise, l’idée était aussi de faire de l’album un bel objet intéressant à posséder.

Par Fréderic Jambon


Miossec : "Alors je me suis dit : vous allez voir, je vais vous en foutre moi de la mélodie (rires) !"
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