Autant l'avouer : on craignait le pire. Les transpositions précédentes sur grand écran de séries françaises télévisées à succès (de « Belphégor » à « Vidocq » en passant par « Arsène Lupin ») n'encourageaient guère en effet à verser dans un optimisme béat. La surprise n'en est que meilleure, d'autant
qu'on la doit à Jérôme Cornuau dont les réalisations antérieures (« Bouge ! » et « Folle d'elle » avec Ophélie Winter) n'étaient pas précisément restées gravées dans les mémoires.
Bande A Bonnot et emprunts russes
Petit rappel historique d'abord. Au début du XX e siècle, à ce que l'on appelait alors la Belle Epoque, le banditisme ravage le pays. Georges Clemenceau, ministre de l'Intérieur surnommé « Le Tigre », décide de créer douze brigades régionales de police mobile qui porteront son nom. Les « mobilards » se doivent d'être l'élite et la fierté d'une police nationale qui s'adapte à son temps. Ils sont entraînés en conséquence et reçoivent une formation des plus exigeantes : maîtrise de différentes techniques de combat, tir au pistolet, savate, maniement de la canne, etc... Ils peuvent compter sur les débuts de la police scientifique et optimisent ainsi leur travail à l'aide de portraits-robots, d'empreintes digitales et d'autopsie, alliés à la vitesse d'intervention de ces flics d'un nouveau genre. Le film se centre sur trois membres des fameuses brigades : l'intègre Valentin d'abord, « patron » humain et juste interprété par Clovis Cornillac, le rusé et un peu trouble Pujol ensuite incarné par Edouard Baer, et enfin l'imposant et jovial Terrasson campé par Olivier Gourmet. L'intrigue entraîne le trio dans une enquête foisonnante au fil de laquelle s'entremêlent la bande à Bonnot joué par un étonnant Jacques Gamblin, la corruption de hauts fonctionnaires et l'arnaque des fameux emprunts russes.
Distribution haut de gamme
Cette réalisation rend bien sûr hommage au feuilleton qui fit les belles heures de la télévision des années 70 et se voulait le pendant français aux « Incorruptibles » américains (la musique de Claude Bolling). Mais, s'appuyant sur un scénario dû à deux auteurs fameux de bandes dessinées - Xavier Dorison et Fabien Nury dont c'est la première collaboration pour le cinéma -, le film allie aussi non sans bonheur suspense, reconstitution soignée - avec l'accent mis sur un lourd contexte politico-social - et rythme soutenu, sans pour autant que les personnages soient réduits à l'état de marionnettes. Tout cela donne un vrai bon divertissement populaire, évocation brillante de la période qui précède la grande boucherie de 14/18. L'entreprise bénéficie d'un atout supplémentaire : sa distribution haut de gamme. Aux comédiens déjà cités, il convient par exemple d'ajouter les noms de Diane Kruger en princesse déracinée maîtresse de Bonnot, Gérard Jugnot en chef de la police ou encore de l'impeccable Thierry Frémont en anarchiste héroïnomane incontrôlable.
Le Télégramme : Connaissiez-vous bien la série télévisée ?
Enfant, je regardais peu la télévision. Je n'ai donc dû voir que quelques épisodes. Les deux scénaristes, eux, la connaissaient très bien. Il m'a suffi de les écouter et de lire des ouvrages sur la période historique pour entrer dans le sujet. Pendant tout le travail sur le film, on a fait très attention à préserver le souvenir que les gens ont gardé de la série, tout en faisant un film très contemporain.
Comment les acteurs ont-ils été choisis ?
Un casting, c'est toujours une longue histoire, très compliquée. Je ne vais pas vous exposer tous les noms qui ont été évoqués avant d'arriver à cette belle affiche. Ce qui compte pour moi aujourd'hui, c'est que tous les comédiens ont donné des choses nouvelles dans des rôles où on ne les attendait pas : Olivier Gourmet dans un rôle « bonhomme », Edouard Baer et Jacques Gamblin dans des rôles d'hommes d'action, Clovis Cornillac en héros. C'est un grand bonheur de voir que, non seulement ils se sont tous amusés à le faire, mais en plus, leurs qualités d'acteurs donnent au film un corps incroyable.
Peut-on dire que « Les brigades du Tigre » est un film de genre ?
Oui, c'est un film policier, qui respecte les codes narratifs du genre. Mais, progressivement, le film bascule vers une histoire plus romanesque. J'ai surtout voulu faire un film populaire, divertissant et en même temps personnel.
Quelles principales difficultés avez-vous rencontrées ?
Sur le tournage, ce ne sont pas les scènes d'action qui m'ont semblé les plus compliquées à réaliser, mais plutôt celles de comédie. J'ai travaillé avec de grands acteurs qui sont comme de bons instruments, mais on peut mal jouer d'un bon instrument. Avec de tels comédiens, les nuances de jeu sont infinies. Il faut faire des choix et ce n'est pas toujours facile. Ma principale préoccupation fut de faire en sorte que le spectateur ne s'ennuie jamais, qu'il soit toujours intéressé, que ce soit par l'intrigue, l'action ou les rapports des personnages entre eux.
Quelle est la scène que vous avez eu le plus de plaisir à réaliser ?
Selon moi, la scène du parloir et celle de l'agonie de Bonnot sont les plus belles du film. Elles m'ont marqué parce qu'en tant que premier spectateur, quand on les a tournées, j'ai ressenti des choses fortes.
Ce film est un gros budget. Quelle influence cela a-t-il eu sur vous ?
Le budget est d'environ 17 millions d'euros. Au moment du tournage, ça n'a pas modifié ma méthode de travail. C'est l'histoire avant tout. Or, cette histoire-là nécessitait un tel budget.
Propos recueillis par André Rivier. 12/04/2006