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Piccoli. Le Roi Lear prince sans rire

Michel Piccoli interprète depuis mercredi et jusqu’à ce soir, au Quartz à Brest, le Roi Lear, la pièce de Shakespeare mise en scène par André Egel. Un rôle parfait pour cet homme déroutant.

Une consœur s’approche, demande discrètement une interview radio. Michel Piccoli refuse net. Mépris, surprise : « Je ne vais pas passer mon temps à répondre aux questions entre deux représentations, non ? » Difficile entame et crainte tangible de devoir ferrailler un max’. Et puis, une fois installé dans le fauteuil du Quartz, tout change.
Michel Piccoli, affable, se lance. A propos de la transposition de la pièce, écrite en 1606, dans le milieu industriel du début du siècle : « Que ce soit le roi d’un royaume anglais ou un chef d’entreprise, il n’y a pas de différence. Réfléchissez : qui sont les vrais chefs du pays ? »
Premier film en 1945
Michel Piccoli pèse chaque mot, clôt les yeux comme on apprécie un grand vin lorsqu’il répond, s’insurge contre « les connards qui disent que quand on a joué Shakespeare, on est à la fin de sa carrière » et « qui rêvent de vous voir mourir sur scène ». Il revient sur son rôle, qu’il refuse de qualifier de rôle titre : « Et les autres comédiens, ils sont quoi ? Des rôles inutiles ? » « Tout ce que Lear raconte est éternel, comme ses folies ou ses critiques. Et puisque Shakespeare est un auteur avec un humour et une grande tendresse, je me sens comme un poisson dans l’eau avec ce rôle ».
« Tant que je vivrai »
Le comédien a le même âge que son personnage, 80 ans. Mais lui, semble bien épargné par cette folie, serait-elle seulement des grandeurs : « Il faut toujours se remettre en question. C’est une quête perpétuelle ». Une quête qui a commencé en 1945, lors sa première apparition à l’écran. Et qu’il a décidé de poursuivre « tant que je vivrai ». L’entretien se termine. Michel Piccoli se retourne et enjoint la journaliste à poser ses questions. Il y répond longuement. L’ire est apaisée.


Michel Piccoli interprète, jusqu’à ce soir au Quartz, à Brest, un Roi Lear devenu chef d’entreprise. A 80 ans, l’acteur ne lâche rien et poursuivra sa quête, « tant que je vivrai ». (Photo Julien Perez)
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