Résidant à quelques dizaines de kilomètres de Langonnet, dans le Morbihan, le sculpteur Michel Thamin est un vrai poète. C'est là que nous l'avons rencontré.
«Je suis un ramasseur de cailloux », dit-il modestement.
« Depuis 40 ans, je suis une espèce de petit poucet à l'envers. » De ses nombreuses promenades dans la nature,
il ramène toujours des pierres chez lui qu'il dispose dans son jardin très zen, à la japonaise. Il cultive également la passion des bonsaïs qu'il réalise lui-même. Parfois il ramène les pierres dans son atelier.
« Je les ouvre. Je les fends. Je les travaille et après je les remonte avec un lien végétal. Et quand je vais me balader, je les repose où je les ai trouvées. »
Le trophée 2005 a une forte consonance bretonne mais, comme les musiques métissées, son granit vient de terre d'Afrique. Dans ses oeuvres récentes, Michel Thamin plante en terre des silhouettes de pierre finement élancées vers le ciel. Elles dressent fièrement leur fragile humanité sous le nom d'homolithiques. Parfois, elles laissent sur les murs quelques empreintes de leur passage. L'artiste confectionne également de petites boîtes ou des livres en pierre et nous convie, en les ouvrant, à découvrir les mystères de la vie.
Ses prochaines expositions bretonnes auront lieu à la Maison de la Fontaine de Brest en mai et cet été à Hédé (35).
Par quoi est inspiré votre travail ?
Je suis passionné d'archéologie, surtout l'époque néolithique en Bretagne. Mon travail vient essentiellement de là, cette présence humaine que l'on ressent partout quand on se balade dans les mégalithes, les menhirs, Gavrinis et toutes ses gravures. Ce que je cherche vraiment c'est la présence humaine, presque son aura, des choses minimales où il n'y a pas de pathos. Si je suis sculpteur, je crois que c'est aussi à cause du film de Stanley Kubrick « 2001, l'odyssée de l'espace ». Quand on voit ce monolithe qui se balade... Je crois qu'il n'y a rien à comprendre. Je pense que Stanley Kubrick a voulu faire une oeuvre d'art. Il ne fait que poser des questions. Il ne donne aucune réponse.
Cette présence et ce mystère n'ont-ils pas quelque chose de religieux ?
Je ne suis ni pratiquant ni religieux mais il y a quelque chose de religieux vis-à-vis de l'espèce humaine elle-même. Mes lithoglyphes (boîtes en pierre gravée) sont inspirées de lieux comme Gavrinis où les gens sont obligés de pénétrer à l'intérieur du monument pour voir les gravures. J'ai conçu mes lithoglyphes de cette manière. Le public est obligé d'aller vers l'oeuvre, la toucher et soulever l'espèce de couvercle pour voir la gravure qui est à l'intérieur. En tant que sculpteur, je suis souvent gêné par les lieux où il est toujours interdit de toucher. Moi, j'ai envie que l'on touche !
Vous ne taillez que la pierre. Qu'évoque-t-elle pour vous ?
La pierre, c'est le début de la terre, c'est la fusion, surtout le granit qui est vraiment présent sur tous les continents. On trouve maintenant en Bretagne beaucoup plus de granits étrangers que de granits bretons. Beaucoup de carrières ne sont plus exploitées en Bretagne. Ce que j'aime particulièrement ce sont les granits noirs d'Afrique qui sont très denses, très durs et où il y a des aspects de matière très intéressants. Dans mes sculptures, j'aime aussi garder les traces montrant le travail d'extraction dans les carrières, les grandes perforations faites dans les blocs et dans lesquelles les ouvriers mettent la poudre noire. J'aime garder cette histoire. Je travaille aussi beaucoup sur la fragilité. Le moindre choc sur mes grands personnages peut les casser. C'est une façon de souligner que la présence humaine est quand même très fragile.
Donnez-vous des noms à vos monolithes ?
Non. Ils n'ont pas de nom ni de sexe. Je les numérote selon la hauteur qu'ils font et l'année où je les ai faits. Ce sont des homolithiques. Ils évoquent pour moi la présence humaine. Tous pareils mais tous différents. Comme les humains. Je les présente en couples ou en familles dans les grandes installations.
Quelle a été l'évolution de votre thématique ?
Je suis parti de choses assez figuratives, des bustes, des maternités. Aujourd'hui, le public voit souvent mon travail comme abstrait. Je trouve que je suis juste à la marge entre l'abstraction et la figuration.
Propos recueillis par Pierre-Yves Collinet. 28/12/2005