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Maxime Le Forestier chante Brassens

Lorsqu’on a écrit « San Francisco », « Mon frère », « Education sentimentale », « Né quelque part », « Bille de verre » et tant d’autres chansons qui ont embelli leur époque, on pourrait se contenter de revisiter son propre répertoire. Seulement Maxime Le Forestier a aussi l’humilité de consacrer son talent d’interprète au service d’un autre auteur-compositeur. Pas n’importe lequel : le plus grand peut-être, son ami à coup à sûr, mais certainement pas son mentor puisque Georges Brassens cultivait trop la liberté pour prodiguer des conseils.

Un maillon fondamental

Dès le vivant du poète de Sète, Maxime Le Forestier avait commencé à enregistrer sa version personnelle des chansons de son aîné. Un plaisir doublé d’un clin d’œil à celui qui l’avait aidé à être reconnu du grand public en lui confiant sa première partie en 1972 à Bobino. Georges Brassens était amusé et touché parce que je connaissais par cœur tout ce qu’il avait écrit et que j’étais capable de tout jouer », rit Maxime Le Forestier.
Mais pas question pour autant d’endosser le costume de fils spirituel qu’on voudrait souvent lui faire porter. « Je pense que tous ceux et celles qui chantent aujourd’hui ont quelque chose à voir avec Brassens, affirme-t-il. Que ce soit pour s’en être inspiré, nourri, avoir lutté contre ou avoir voulu faire autrement. Dans la chanson, Brassens représente un maillon fondamental ».

Indémodable

Maxime Le Forestier en est tellement convaincu qu’il va devenir dans quelques jours le premier artiste à proposer l’enregistrement de l’intégrale de l’œuvre monumentale d’un autre. Un coffret de 9 CD auxquels deux DVD viendront s’ajouter pour aider les apprentis-guitaristes à maîtriser un répertoire indémodable. En attendant, il vient le jouer en Bretagne où il débarque avec un choix de 99 titres, mettant en application cette phrase flagrante de Georges Brassens : « Mes chansons sont faites pour être chantées ».
Tournée en Bretagne
Maxime Le Forestier chante Brassens :
jeudi 17 novembre à 20 h 30 au Parc de Langolvas de Morlaix (27/30 € ; rens. 02.98.47.94.54),
jeudi24 à 20h30 la salle Horizon de Plédran (de 19 à 25 €; 02.96.64.30.30),
vendredi 25 à 20h30 au Centre Culturel de Rosporden (avec David Lafore en première partie ; 25,60€ ; 02.98.59.80.42),
samedi 26 novembre à 21 h au Théâtre de l’Arche de Tréguier (de 11 à 25€ ; 02.96.92.31.25).

Puis en janvier 2006 :
samedi14 aux Arcs à Quéven (25/27€ ; 02.97.05.01.07),
dimanche 15 à 17 h à l’Espace Glenmor de Carhaix (22/25€ ; 02.98.99.37.50),
jeudi 26 à 20 h 30 au Ponant à Pacé (35€ ; 02.99.60.16.23),
vendredi 27 au Palais des Congrès de Loudéac (de 19 à 25€; 02.96.28.11.26),
samedi 28 à 20h30 à l’Espace Keraudy de Plougonvelin (de 24 à 30€ ; 02.98.48.30.21)
dimanche29 à 17h au CLC du Guilvinec (29,80€ ; 02.98.58.22.65).
« Beau et accessible à la fois »
D’ici la fin janvier, Maxime Le Forestier consacrera une dizaine de concerts au répertoire de Georges Brassens en Bretagne. Il nous a accordé un entretien avant sa première date jeudi à Morlaix.
Vous donnez plusieurs rendez-vous aux Bretons. Y aura-t-il deux concerts semblables ?
Non, c’est impossible. Le principe est que le public me donne les numéros des chansons que je vais chanter, mais sans savoir à laquelle correspond tel ou tel chiffre. Pour cette tournée, le choix se porte sur 99 chansons ! C’est donc vraiment aléatoire et cela donne des concerts très différents à chaque fois.

Qu’est-ce qui vous donne envie de chanter Brassens en ce moment ?
C’est une envie qui me tient depuis longtemps ! Je souhaitais absolument terminer l’enregistrement de l’intégrale de Brassens tant que j’en suis encore capable parce que c’est sportif (rires) ! Et je voulais l’enregistrer en public parce que j’ai beaucoup de mal à interpréter Brassens dans un studio. Il faut que je le chante à quelqu’un, que j’ai un regard !
La sortie de votre intégrale de Brassens est imminente : combien de chansons y a-t-il au total ?
171 chansons. Lundi prochain, Polydor sort tout : le coffret de 5 CD qui représente tout le deuxième cahier des chansons de Brassens que j’ai interprétées en public, ainsi que le coffret 9 CD où sont ajoutés mes enregistrements de Brassens précédents. Deux DVD sortent en même temps. Je les ai faits avec Emilie Chedid sur le modèle des « Leçons de musique » qu’elle avait réalisées avec son frère, -M-. L’idée est d’apprendre à jouer de la guitare à partir des chansons de Brassens en les prenant dans le bon ordre. Cela suit mon chemin, c’est comme ça que j’ai appris.

Que voit-on sur les DVD ?
Pour chaque morceau, il y a évidemment un gros plan sur chaque main, le nom des accords, leur dessin sur le manche, les tablatures qui défilent...
Avant chaque chanson, je donne des petites explications techniques et je précise pour quelles raisons musicales je l’ai choisie. Et puis, comme Brassens ce n’est pas que de la musique mais aussi du texte et qu’il emploie parfois des mots que des ados d’aujourd’hui ne comprendraient pas forcément, j’ai fait appel à Louis-Jean Calvet. Il est professeur de linguistique à la faculté d’Aix et a écrit une belle bio de Brassens. Dans le DVD, il donne des explications sur des mots susceptibles de présenter un certain niveau de difficulté.

Pourquoi vouloir inciter les jeunes à jouer du Brassens aujourd’hui ?
Interpréter du Brassens offre le plaisir de jouer quelque chose de beau et d’accessible à la fois. Si vous voulez jouer du Chopin, il vous faudra passer par dix ans d’études. Si vous voulez éprouver le plaisir de jouer du Brassens, en six mois vous pouvez quand même apprendre à interpréter «Le Gorille» convenablement (rires) !
Mais les jeunes n’ont pas besoin de moi pour en avoir envie. Je suis frappé en donnant mes concerts Brassens de voir que la répartition du public est la même que du temps de Georges. Il n’y a pas de ségrégation d’âge ou sociale. Et il y a le même pourcentage de jeunes que par le passé. C’est rigolo, après chaque concert, il y a toujours deux ou trois ados qui viennent me trouver en me demandant comment passer tel ou tel accord. Parce qu’ils jouent ces morceaux, tout simplement.

Prétendez-vous toujours que chanter Brassens est un vaccin contre la connerie ?
Ça ne peut certainement pas faire de mal de le ressortir du formol de temps en temps. Surtout qu’il avait cette faculté à toucher des choses éternelles. Hier, je chantais «Le temps ne fait rien à l’affaire» et j’étais impressionné de voir l’effet que les paroles faisaient sur des ados. Ils reprenaient avec beaucoup de cœur le refrain «Quand on est con, on est con», comme si cette chanson qui a 50 ans avait été écrite pour eux.

Ne chantez-vous pas Brassens au détriment de votre propre répertoire ?
Pas du tout. Pour moi, les concerts Brassens ne sont que du plaisir, ils ne me posent aucun stress particulier, c’est vraiment quelque chose que je fais chez moi. Je n’ai pas de musicien, juste deux techniciens avec lesquels on n’a pas forcément les mêmes horaires, c’est vraiment une tournée solitaire. Ce qui me laisse beaucoup de moments propices à l’écriture de mes propres chansons.

Alors à quand un nouveau Maxime Le Forestier ?
Je n’en sais rien. Si j’avais six chansons finies, je pourrais vous dire dans six mois, mais là, au point où j’en suis, je ne peux pas encore mettre de date. On est dans la période où ma maison de disques m’envoie des signaux, disons, courtois et amicaux... Genre on m’offre un stylo (rires). Mais ils sont adorables, c’est plus une expression d’un désir.
Sinon ça vient. J’ai plein de départs de chansons, plein d’envies, une nouvelle guitare, tout va bien.

Pas de nouvelle comédie musicale en chantier après «Spartacus, le Gladiateur», co-écrite avec Elie Chouraqui ?
Ah non. J’y ai passé deux ans, je ne peux pas faire ça toute ma vie ! Ça a été une expérience très forte dans tous les sens, dans le bon et dans le mauvais, mais je suis ravi de l’avoir vécue.


Maxime Le Forestier va partager avec les Bretons le bonheur de chanter Brassens
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