Comment est né ce film ?L'idée remonte à 1999. Je produisais une émission de télé et nous avons suivi un type qui n'arrivait pas à se faire payer une greffe d'organe par son assurance. En quelques jours à peine, on a obtenu de son assurance qu'elle couvre les frais de l'opération et on lui a sauvé la vie.
On s'est alors dit qu'on pourrait en faire un film en prenant le cas de dix personnes.
Vous avez demandé aux internautes de votre site web de vous raconter les drames que le système de santé leur avait fait subir. Est-ce qu'une thématique commune à leurs récits s'est fait jour ?
Oui. Il s'agissait d'une frustration face à un système bureaucratique qui s'emploie à leur mettre des bâtons dans les roues pour obtenir une assistance médicale ou pour que cette assistance médicale soit prise en charge financièrement, alors même que ces gens - ou leurs employeurs - paient des assurances. Il y a un mythe qui veut que le système privé soit la panacée parce que, soi-disant, il implique moins de lourdeurs administratives et qu'il est plus efficace. En réalité, c'est l'inverse qui est vrai. Les mutuelles de santé consacrant plus du quart de leurs budgets à la paperasse et aux divers coûts administratifs. MEDICARE, la sécurité sociale pour les personnes âgées, et MEDICAID, la sécurité sociale pour les plus démunis, ne consacrent que 3 % de leurs budgets aux frais administratifs.
Contrairement à vos précédents films, vous avez beaucoup tourné à l'étranger. Qu'avez-vous retiré de cette expérience ?
Cela s'est avéré à la fois éclairant, exaltant et déprimant. Nous sommes allés de surprise en surprise. On pensait qu'on avait fait le tour de la question, mais à chaque fois qu'on se rendait dans un pays, on faisait une nouvelle découverte. C'était déprimant parce qu'en tant qu'Américains, on se répétait sans cesse : nous venons du pays le plus riche du monde, alors comment se fait-il que nous n'ayons pas un système de santé gratuit. Surtout, cela m'a rappelé à quel point il est important de sortir de chez soi. 8 Américains sur 10 n'ont pas de passeport, et du coup, la plupart ne vont jamais à l'étranger et ignorent ce qui s'y passe.
Les analystes politiques, les lobbies et les grands groupes attaquent souvent vos films. Qui va s'en prendre à vous cette fois ?
Ceux qui profitent du malheur et de la souffrance des gens ne vont pas apprécier ce film. Et pourtant, c'est peut-être le film que j'ai fait qui obtiendra le plus grand succès public parce que tout le monde, quelle que soit sa couleur politique, est concerné par les sujets qu'il aborde.