Rentrée. L'insoutenable attente d'Assya la Yézide
Il y a un an (1), Assya évoquait son rêve : suivre des études ici... loin des brimades subies en Russie. Aujourd'hui ? Elle attend toujours. La demande d'asile de ses parents n'a pas obtenu de réponse définitive.Hier matin, Assya, 17 ans, est rentrée en seconde au lycée Jean-Macé, à Lanester. Heureuse, mais inquiète : « On attend toujours une réponse pour la demande d'asile de mes parents ». Assya ne comprend pas : « Pourquoi, on ne nous dit pas oui ou non. Ça fait plus de deux ans et demi qu'on est en France. Si on nous renvoie, où ira-t-on ? En Russie ? En Arménie ? On n'a pas de pays ».
33 longs mois d'espoir
Assya est une Yézide (2), une apatride originaire du Caucase. Ses grands-parents sont en Russie, ses tantes en Arménie, d'autres membres de la famille vivent en Ouzbékistan, en Turquie et en Irak. La famille d'Assya a fui une première fois l'Arménie pour la Russie où elle a été victime de brimades. « Les Russes n'aiment pas les gens à peau noire comme nous ». Les parents d'Assya ont alors réuni toutes leurs économies pour fuir en Grande-Bretagne... mais un passeur les a déposés devant la préfecture de Vannes, en mars 2006. Depuis, ils attendent que la France leur accorde l'asile.
33 longs mois sans travailler pour le styliste en chaussure et la prof de russe. Le statut des demandeurs d'asile est complexe sur ce point. « Mes parents sont angoissés, ils ne veulent pas nous le montrer, mais nous, on le voit bien ».
Devenir traductrice
Alors Assya s'accroche à l'école et aux copines. « J'ai eu mon brevet des collèges. Je veux faire des études littéraires pour devenir traductrice. Je parle déjà le russe, l'anglais assez bien, le français de mieux en mieux. Au lycée, je continue l'anglais et l'espagnol. Et j'ai aussi pris l'italien cette année. En plus, je parle le yézide, mais je ne l'écris pas. On n'a pas de pays, donc on n'a pas d'écoles ».
Son frère Razmik, 20 ans, intègre une filière technique et vit l'attente à sa manière : « Il a créé un site internet pour prendre contact avec les Yézides. La famille nous manque, elle est loin. Heureusement, on a des nouvelles au téléphone ».
Son petit frère David et sa petite soeur Marie, eux, piaffent d'impatience de rentrer en maternelle. « Ils ne comprennent pas tout. Ils parlent tout le temps en français ».
Réponse début octobre
Début octobre, dans un mois tout juste, la famille d'Assya saura quel est le sort qui lui est réservé. « Mes parents devront aller à Paris pour la troisième fois et, là, on nous le dira. Je voudrais ne jamais retourner en Russie ».
(1) Le Télégramme du 3 octobre 2007.
(2) Les Yézides forment une communauté religieuse rejetée par tous les pays du Caucase et par les différents courants religieux.