Brest. La bombe tire sa révérence
Hier, les démineurs n'ont fait qu'une bouchée de la bombe qui a obligé 17.000 Brestois à évacuer leur domicile à l'aube. Une ambiance détendue flottait sur le centre-ville pendant l'opération.
Aucun début de psychose, hier matin, parmi les habitants résidant dans un périmètre de 800 m autour de la place de Strasbourg, à Brest. A partir de 7 h, ils sont sortis de partout, affairés à porter leurs bébés mal réveillés, à tirer leur chien, à charger les voitures... Sourires, petits mots d'encouragement fusaient tandis que 180 CRS venus d'Orléans et de Paris se distribuaient les rues à sillonner aux côtés des 120 policiers brestois également mobilisés. Au coeur de ce joyeux chambardement, filmé par une équipe de télévision russe (!), beaucoup de personnes âgées. Les moins valides, résidant dans les trois maisons de retraites comprises dans la zone, ont été transportées par des ambulances. Les autres ont été prises en charge par leur famille, à l'hôtel de ville. Dans le salon d'honneur, ouvert pour l'occasion, les employés municipaux offraient un copieux petit-déjeuner, avec journaux et télévision.
Les souvenirs de l'exode
Devant un café, les plus âgés se sont laissé rattraper par les souvenirs de l'exode de septembre 1944, vers Saint-Renan, Plabennec, Landerneau... Le plus loin possible des bombardements. Et voilà que plus de soixante ans après, un engin « rescapé » leur valait un nouveau déplacement ! Pendant que cette attente à grande échelle s'installait, l'équipe des démineurs brestois a pris ses marques sur le chantier de la future résidence grand standing où la bombe américaine de 250 kg a été mise au jour, plantée à la verticale sous trois mètres de terre. Le rituel a commencé par le dégrippant répandu sur le filetage des fusées montées aux deux extrémités de l'engin explosif.
« Comme un écrou
sur un moteur »
« C'est comme un écrou sur un moteur. Nous ne savons jamais combien de temps nous allons mettre », témoignait leur chef, Philippe Jamin.
Une fois les alentours transformés en « no man's land », la préfecture a donné son feu vert. Il était alors un peu plus de 11 h. Une heure trente plus tard, la bombe, désormais inoffensive, attendait de partir vers un lieu de stockage puis vers Laon, dans l'Est de la France, pour être détruite. Un peu avant 13 h, la sirène a annoncé la levée des barrages. Seuls deux Brestois ont fait les frais de l'opération. Le premier est arrivé ivre, au volant de sa voiture, au milieu d'un « nid » de CRS qui lui ont expliqué qu'il allait vraisemblablement rater son bateau pour Ouessant. L'autre dormait comme un bienheureux dans son salon, entouré de 27 plants de cannabis, indifférent aux forces de l'ordre qui avaient frappé à sa porte restée entrouverte.