Viol. « Pas une seule journée sans que j'y pense »
La cour d'assises du Finistère confronte depuis hier la version d'une femme violée dans le centre-ville de Brest, en 2004, et celle d'un accusé, qui parle d'une relation consentie. Verdict ce soir.Vincent L., 24 ans, silhouette mince, cheveux bruns coupés court, se livre peu. Quand la présidente Angel l'invite à se raconter, les mots sortent en cascade avant de se tarir aussi vite. C'est l'une de ses soeurs qui apprendra par hasard aux jurés qu'il est père d'un petit garçon...
« Je joue avec le feu »
Son discours se concentre sur le « chaos » de sa vie, marquée par une consommation précoce et « énorme » d'alcool et par une violence à fleur de peau. « J'ai commencé à taper avant de boire », se résume-t-il. Élève médiocre et bagarreur, devenu intérimaire peu assidu, il s'est assagi temporairement au côté d'une jeune femme, en 2005, avant que ses démons ne le happent de nouveau, lui valant notamment deux condamnations, en 2006 et 2007, pour violences conjugales. « D'après lui, c'est incontrôlable, ce sont des pulsions », témoigne sa soeur jumelle.
Sorti de prison depuis peu, il vit en reclus dans un appartement prêté par l'association Émergence, de peur « de faire une bêtise », a-t-il expliqué au psychologue qui a décelé chez lui une personnalité « limite » qui compense une insécurité intérieure par des conduites à risque flirtant avec la mort. « Je joue avec le feu. J'attire les conneries », convient l'accusé.
« Un cri de terreur,
pas un petit cri banal »
Sa mise au vert a-t-elle à voir avec les faits du 16 mai 2004, qui lui valent d'être, depuis hier, à la barre de la cour d'assises ?
Ce matin-là, vers 6 h, une femme ivre descendant la rue Jean-Jaurès se fait arracher son sac à main par deux noctambules. Elle les rattrape, récupère son bien mais l'un l'a déjà saisie par le cou. Il l'attire dans la petite rue Maria-Chapdelaine, qui longe le cimetière de Kerfautras. Sous le regard passif du second complice qui ne sera jamais identifié, elle est frappée, enregistrant à jamais une phrase - « Tu vas prendre ton pied salope » - puis est violée à même le sol. Un riverain entend « un cri de terreur, pas un petit cri banal » et accourt. Elle est par terre, pantalon baissé. « Elle avait la tête bien amochée », se rappelle-t-il. Il entend deux voix masculines qui s'éloignent.
« J'attendais ce jour
avec impatience »
En février 2005, l'ADN extrait du sperme de l'agresseur permettra d'identifier Vincent L. Après avoir nié, il parlera d'une relation consentie. M e Elard, avocat de la partie civile, relève sa définition du consentement : « Oh, je ne lui ai rien demandé. C'est venu comme ça ». Et Vincent L. d'expliquer la plainte « parce que je l'ai insultée à la fin ». La victime, aujourd'hui âgée de 36 ans, a raconté ses quatre dernières années : « Pas une seule journée sans que j'y pense. J'ai perdu toute relation sociale. Je travaille et je rentre chez moi. J'ai pris 20 kg. J'attendais ce jour avec impatience pour laisser définitivement cette histoire derrière moi ». Vincent L. revient à la barre : « J'ai donné ma version. Elle raconte la sienne ».