Poullaouen. Trois ans ferme à l'homme qui était une « secte »
« J'ai honte de m'appeler Jean-Pierre Tullier ». Ce déni de soi est celui d'un homme de 61 ans qui comparaissait hier, devant le tribunal de Morlaix, pour avoir abusé de la faiblesse psychologique de deux jeunes femmes, afin de les placer sous son emprise morale. Il était également prévenu d'une agression sexuelle commise à l'encontre de l'une d'elles. Des faits graves ayant été perpétrés à Poullaouen, la commune où demeurait le prévenu, incarcéré depuis près de neuf mois. Mais aussi un peu partout en France, sur la période de septembre 2001 et juin 2004.
Des voyages
qui n'existaient pas...
Pour recruter ses victimes, Jean-Pierre Tullier, qui souffre d'obésité et se déplace en fauteuil roulant, passait des annonces dans des journaux gratuits. Le libellé stipulait qu'il « cherchait des jeunes femmes pour accompagner une personne à mobilité réduite en voyage à l'étranger ».
Organisés avec l'aide de son aide-soignante, les entretiens « d'embauche » duraient 48 h. Le temps de trouver les victimes les plus vulnérables. Pour gagner la confiance de ses victimes, cet aîné d'une modeste famille du Nord de 11 enfants s'était inventé un destin de « diplomate international ».
Deux étudiantes avaient fini par mordre à l'hameçon. La première, âgée de 21 ans, en rupture familiale au moment des faits, avait cru à une vie meilleure en accompagnant cet homme en Australie. Ce séjour au pays des kangourous, elle l'a attendu en vain. Car, en guise de voyage, c'est à « une plongée dans les tréfonds de l'âme humaine », pour reprendre les termes de l'avocat de la partie civile, que l'a convié son bourreau. Isolée par lui, dévalorisée, culpabilisée et victime de ses violences verbales continuelles, la jeune femme est, peu à peu, passée sous son emprise. Au point d'être si terrorisée qu'elle n'avait plus la force de s'échapper de cette prison sans barreau.
C'est en utilisant un processus identique que Jean-Pierre Tullier a dominé, sur une période plus courte, une autre étudiante de 21 ans. En lui faisant subir des attouchements sexuels. Partout où elles séjournaient avec lui, le prévenu les contraignait à vivre nues.
« Une vie de calvaire »
« À lui tout seul, M. Tullier était une secte », avait déclaré avant elle, son ancienne aide-soignante, aux enquêteurs. Une affirmation approuvée par le parquet mais rejetée par la défense, qui a insisté sur « le calvaire perpétuel qu'a été la vie » du prévenu. « On est dans une conjonction de malheurs respectifs », a estimé son avocate.
Le tribunal a condamné Jean-Pierre Tullier à trois ans de prison à titre de peine principale. Son nom sera, en outre, inscrit au fichier des délinquants sexuels.