Nitrates. Eau et Rivières craint des extensions d'élevages
Les élevages porcins vont-ils pouvoir augmenter leur production, même dans les secteurs déjà classés sensibles à la pollution par les nitrates ? C'est la crainte de l'association Eau et Rivières de Bretagne.
Tout est parti d'un rapport sur « L'avenir de la filière porcine et le développement durable », commandé à l'Inspection générale de l'Environnement par les ministères de l'Écologie et de l'Agriculture. Ce rapport, dont les conclusions ont été jugées satisfaisantes par Eau et Rivières, a servi de base à la réflexion d'un groupe de travail qui s'est orienté vers des préconisations qu'elle qualifie de « sidérantes » et « incohérentes » : il s'agirait d'en finir avec le décret de 2001 sur les interdictions d'extension de porcherie situées en ZES (zone d'excédent structurel).
Un projet qui a conduit l'association à mettre un terme, vendredi, à sa participation aux réunions de concertation, non sans avoir signalé au ministre de l'Écologie les raisons de sa colère.
« Surdensifier
les zones denses »
Pour Jean-François Piquot, porte-parole d'Eau et Rivières, c'est le signe que le « lobby productiviste » a repris la main, politiquement. « Son problème, c'est que la filière porcine bretonne ne s'exporte pas, c'est un contre-exemple dont personne ne veut », explique-t-il. « Alors, à défaut de pouvoir s'étendre sur des territoires non denses, la solution serait de surdensifier les zones déjà denses ».
Comment faire pour s'en tenir malgré tout en-deçà de 170 unités d'azote à l'hectare ? Un petit tour de passe-passe et l'affaire est dans le sac : il suffit de changer de territoire de référence en oubliant les ZES, et toute la Bretagne pourrait atteindre idéalement les 169 unités.
« Ce n'est pas comme ça que nous arriverons au bon état écologique des eaux en 2015 », tempête Camille Rigaud, président d'Eau et Rivières. « On se demande comment la commission européenne va apprécier cette ouverture », ajoute Jean-François Piquot.