Festivals bretons. Du silence pour défendre un statut
L'avant-projet de loi réformant les conditions de prestation des artistes amateurs va être contesté au coeur des festivals bretons. La fête des Brodeuses, à Pont-l'Abbé, pourrait donner le ton.Parce qu'elle est le premier grand rendez-vous traditionnel de la saison, la Fête des Brodeuses, à Pont-l'Abbé, pourrait aussi être le premier à accueillir un mouvement de contestation qui monte au sein des organisateurs d'événements du genre.
Le but, dénoncer l'obligation prochaine d'établir un contrat de travail pour chaque musicien ou danseur. Un dispositif à l'encontre de l'usage régional, où musiciens et danseurs, même si leur pratique de la scène est professionnelle, revendiquent leurs statuts d'amateurs.
Il semble en fait que le temps presse. Comme l'explique Joëlle Dubois, présidente de la Fédération War'Leur, « l'avant-projet de loi devait être voté par le Parlement à l'automne mais il semblerait qu'il puisse l'être dès la fin du mois ». Bob Haslé, président de Bodadeg Ar Sonerion (BAS), la fédération des bagadoù, ne décolère pas : « Si elle était votée immédiatement et en fonction des décrets d'application, dans la foulée, 75 % des festivals n'y survivraient pas ».
Mobilisés
pour les grands festivals
Une loi qui créerait aussi « une opposition entre amateurs et professionnels, alors qu'ils sont complémentaires, étant donné qu'ils ont besoin les uns des autres : les cercles font vivre les éclairagistes et sonorisateurs professionnels, par exemple ».
La mobilisation devrait donc nettement se renforcer cette fin de semaine. Une réunion entre les cinq fédérations et les responsables des grands et moyens festivals s'est tenue mardi afin de décider d'actions communes. Qui pourraient faire tache d'huile à Lorient, Quimper ou Guingamp.
Une minute de silence
« Systématiquement, avant chaque spectacle impliquant des amateurs, nous lirons un texte court pour expliquer la situation », annonce Bob Haslé. Une initiative également prise par l'organisation de la fête des Brodeuses, jeudi soir sur la scène du Triskell, à Pont-l'Abbé.
« Nous afficherons également des banderoles », poursuit Bob Haslé. Et pour donner un avant-goût aux spectateurs, « chaque grand défilé de cercles et de sonneurs sera totalement figé pendant une minute ». Le tout pour « dénoncer une loi, non seulement contraire à notre philosophie et notre esprit de pratiques collectives, mais également dangereuse pour l'ensemble de la culture bretonne, pour les amateurs comme les professionnels », dénonce le président de BAS.