Détournement de fonds. L'autre bataille du professeur
Le professeur Patrick Lozac'h, spécialiste de la chirurgie digestive à Brest, était hier à la barre du tribunal de Brest pour répondre d'un détournement de fonds de 70.000 € sur le compte d'une association qu'il avait lui-même créée. Délibéré le 2 septembre.Patrick Lozac'h est internationalement reconnu en matière de cancer de l'oesophage. Ce chirurgien, « par vocation » basé au CHU de Brest, opérait, cherchait, donnait des conférences et innovait. Avant. Avant 2005 où, à la faveur d'une lettre anonyme, la police judiciaire va mettre le nez dans les comptes d'une association qu'il avait lui même fondée quinze ans auparavant. Nommée Unité de recherche et d'études des maladies de l'oesophage (Uremo), l'association avait été bâtie, notamment, afin « d'aider des pays sans moyens à structurer, eux aussi, cette chirurgie ». Elle vivait de dons privés attribués par de grands groupes locaux. Peu ou pas de donateurs privés, « nous voulions nous affranchir de l'industrie pharmaceutique sans en appeler à la population », explique le professeur, tendu, qui admet tout de go « qu'elle n'a jamais été bien gérée ».
Pour tout dire, l'Uremo et lui ont rapidement fait qu'un. C'était lui qui disposait de la carte bleue et du chéquier de la structure.
Deux conceptions
de la morale
Après trois heures de débats pour examiner un détournement de 70.000 € que la Justice lui reproche sur trois ans d'exercice, entre 2003 et 2006, le professeur Lozac'h est sorti de la salle manifestement ému. Comme pour le geste chirurgical qu'il écrit être « une agression contre le corps humain pour le guérir », il a dû batailler dur. Via son avocat, M e Elard, il a transformé ce procès en une lutte entre la réalité comptable où le médecin a admis de nombreuses « erreurs » et deux définitions de la morale. Celle transmise par son avocat qui rappelle avec brio l'implication du chirurgien pour sauver des vies, « cent opérations par an en 2006 et aujourd'hui, zéro », et celle défendue avec rigueur par le procureur Tarabeux qui exprime « qu'il est inadmissible de détourner de l'argent servant à soigner des maladies aussi graves ».
Qui saupoudre qui ?
Sur cette tangente, ses dépenses de bouche importantes et ses voyages au Maroc payés par l'association jouent au funambule. « On a le sentiment que vous avez saupoudré des voyages d'agrément d'un peu de médecine », s'interroge le président Jublin. « Qui vous dit que ce n'est pas l'inverse ? », rétorque le plaideur.
Pour sa part, le procureur ne veut pas contester l'habileté du spécialiste, ni sa notoriété sur Brest où il a collecté plus de 1.700 soutiens pour sa réintégration à l'hôpital. Mais il stigmatise ces dépenses qui vont « exploser lors de séjours au Maroc » où le professeur Lozac'h a rencontré sa future femme.
Sursis contre dispense
Gêné par « le caractère moral de l'infraction » qui a, selon le ministère public, conduit « à la confusion du patrimoine de l'association et du sien », le procureur réclame un an de prison avec sursis et mise à l'épreuve ainsi que 10.000€ d'amende.
« Il a répondu à l'attente des donateurs qui ne veulent pas se porter partie civile, il ne s'est pas enrichi. Mieux, il a pallié l'inconséquence de l'État qui devrait financer cette recherche », a rétorqué M e Elard qui réclame une dispense de peine. « Il faut un trouble à l'ordre public. Ce trouble, c'est aujourd'hui qu'il s'exerce quand des gens meurent parce que le professeur Lozac'h n'est plus dans le bloc opératoire ».