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Assises. Des victimes toujours en souffrance
Plus de dix ans après les derniers abus sexuels qu'elles ont subis, les victimes du quinquagénaire de Plougastel-Daoulas gardent encore d'importantes séquelles comportementales.« Je pensais que c'était quelqu'un de bien car il fréquentait mes parents ». Du haut de ses 12 ans, Richard (*) ne s'est pas méfié de celui qu'ils appelaient « Jo ». Comme ses deux frères, et un ami, le fait de se retrouver dans la maison du « bon père de famille », à deux pas de ses parents, lui assurait, pensait-il, la tranquillité. Mais, dans les étages, « le prédateur » ne manquait pas une occasion de satisfaire ses penchants, usant non de sa force, mais d'une certaine « emprise mentale ». Le risque d'être surpris ne semblait pas l'inquiéter. « Il éprouvait plus de jouissance à transgresser la loi qu'à l'acte lui-même », suggère un expert. Jo réfute toute idée de défi et évoque un « appel au secours », sans vraiment s'en expliquer. Le papa d'Erwan (*) a, un jour, aperçu son garçon et son hôte dans une position équivoque. Étrangement, rien n'a transpiré. « J'ai tout nié. J'avais peur de la réaction de mon père », raconte le jeune homme qui, aujourd'hui encore, a « du mal avec les filles ». Lui qui était confié aux voisins lors des absences de ses parents, est celui qui s'en est « le mieux sorti ».
« Il paie les pots cassés tous les jours »
Richard éprouve toujours « un dégoût de tout contact » et s'est longtemps demandé « ce qu'était une sexualité normale ». Un an durant, il s'est réfugié dans l'alcool, les drogues dures, pour oublier « la honte ». Il va mieux désormais mais « culpabilise de ne pas avoir dit "Non" » à Jo, « pour sauver mon petit frère ». Jérémy (*), que l'accusé nie avoir touché, s'est réfugié dans un mutisme presque total, ne sort jamais de chez lui, n'a, à 24 ans, « pas de copine, pas de vie sexuelle ». Sa scolarité aussi a été chaotique. « Il paie les pots cassés tous les jours », résume l'un de ses frères. C'est après une hospitalisation pour soigner son mal-être qu'il s'est confié à l'aîné de la fratrie, Charlie (*). Lui aussi a subi diverses agressions à « 8-9 ans » mais les faits sont prescrits, ce qui ne l'a pas empêché de briser le mur du silence. « Je pensais être la seule victime. Je faisais avec, je me taisais. Mais voir mes frères souffrir... On ne pouvait laisser passer ça ». Charlie reconnaît avoir eu plus de chance. Il a remarquablement réussi sa vie professionnelle, s'est marié. Mais il se protège en pratiquant à outrance des sports de combat et « ne fait plus confiance à personne ». Il s'inquiète pour sa fillette de deux ans. « Elle est dans mes pattes pour l'instant. Mais je crains le moment où je devrais la faire garder. Imaginez que je la confie à quelqu'un comme ça ». Pointé du doigt, Jo ne bronche pas. C'est aujourd'hui qu'il sera fixé sur son sort. * Les prénoms des victimes ont été modifiés.


Sources
Le Télégramme
07/05/2008
Rubrique: Finistère
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