Prix Louis-Guilloux 2008. Boualem Sansal lauréat
Le 22 e Prix Louis-Guilloux a été décerné, mercredi, à l'hôtel du département, au romancier Boualem Sansal pour son dernier ouvrage « Le vill.age de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller ».
Né en 1949, près d'Alger, le lauréat 2008 a d'abord entrepris des études d'ingénieur, obtenant un doctorat en économie avant d'enseigner à l'université. Son traité sur les turboréacteurs l'a propulsé dans le monde des lettres.
Son septième livre, après une décennie d'écriture, a retenu les faveurs du jury pour ses qualités littéraires - en raison de la qualité du récit - et humaines - pour sa pensée généreuse et lucide.
« Ce qui est critiquable c'est notre silence »
Boualem Sansal, directeur général au ministère de l'Industrie algérien, limogé en 2003, incarne l'homme révolté qui dénonce, sans haine, les fanatiques en tous genres, religieux et politiques. « Je fais de la littérature, pas la guerre », précise-t-il. Dans ce roman primé, il narre l'histoire de ces deux frères, nés de mère algérienne et de père allemand. Ils ont été élevés par un oncle dans une cité de la banlieue parisienne, les parents étant restés vivre près de Sétif.
Ils vont apprendre, à la suite des massacres perpétrés par le GIA en 1994, que leur père était un ancien officier SS, lui qui jouissait du titre prestigieux de moudjahid. L'intégrisme islamique rejoignait les horreurs du nazisme.
Ce sujet délicat est traité avec acuité par l'auteur, dans un style alerte. « Il y a beaucoup de gens révoltés, mais bien peu en révolte, a souligné Boualem Sansal, mercredi. Ce qui est critiquable, c'est notre silence. Et le silence se fait complice, puis le complice devient acteur de la chose à dénoncer. »
A noter
« Le village de l'Allemand » de Boualem Sansal, éd. Gallimard. En librairie. Prix : 17 €.