Carhaix. Sans maternité à trois semaines du terme
Trois semaines avant d'accoucher, Tiphaine Dantec apprend la fermeture de la maternité de Carhaix. C'est finalement demain, à Morlaix, qu'elle mettra au monde son premier enfant. Récit d'une galère.Stand-by à l'hôpital de Carhaix. Alors que les mobilisations se succèdent, tout le monde attend que l'ARH confirme, officiellement, la réouverture de la chirurgie ambulatoire et efface la date butoir du 13 juin impliquant la fermeture définitive de la chirurgie et de la maternité (lire ci-contre).
Un collectif qui s'étoffe
Pendant ce temps, le comité de défense travaille pourtant à un rapprochement avec le CHU de Brest. Un projet viable, faisant état de cette possible collaboration, devra être présenté, sans doute en octobre. Mais tout le monde ne pourra pas attendre jusque-là. Et, notamment, le collectif de femmes enceintes. Créé le mois dernier, il ne cesse de s'étoffer. Elles sont aujourd'hui une trentaine à clamer leur désir d'accoucher à Carhaix. Le peuvent-elles encore ?
Aux urgences de l'hôpital, la procédure d'accueil prévoit aujourd'hui deux scénarios. Si l'accouchement n'est pas imminent, la patiente est transférée vers un autre établissement. Mais si le temps presse et qu'aucun transfert n'est envisageable, la parturiente est dirigée vers la salle d'accouchement, rouverte exceptionnellement. Au sein du collectif, certaines sont bien décidées à profiter de cette possibilité.
Ce n'est pas le cas de Tiphaine Dantec qui, à 25 ans, s'apprête à donner naissance à son premier enfant. En janvier, elle est revenue s'installer à Spézet (comme son mari, elle est originaire de Cléden-Poher), ravie que son enfant naisse au pays. Depuis, elle fréquentait la maternité de Carhaix. Membre du collectif, elle aurait bien voulu que son enfant y naisse. « Je voyais le gynécologue tous les mois, suivais les cours de préparation à l'accouchement avec l'équipe des sages-femmes. J'ai visité le service, la salle de travail. Ainsi accompagnée, on se sent en sécurité, en confiance. On sait où aller quand les contractions arrivent », explique la jeune femme.
Dans la précipitation
Mais au 8 e mois, on découvre que le bébé est en siège. Une ultime échographie confirme le verdict : il faudra pratiquer une césarienne. C'était le lundi 26 mai, le jour de l'annonce de la fermeture des services à l'hôpital de Carhaix ! Plus de maternité, plus de chirurgie, plus d'anesthésie. Sacré télescopage. « Avec une grossesse à risques, je me suis retrouvée sans établissement, à trois semaines du terme », explique Tiphaine.
Sachant qu'une césarienne se programme 15 jours à l'avance, cette dernière doit, en urgence, trouver une autre maternité, avoir une consultation avec un autre gynécologue et un autre anesthésiste. Quimper est son premier choix, mais elle apprend que l'établissement, débordé, ne propose pas de rendez-vous avant fin juin. Un peu tard !
Des visages inconnus
Tiphaine obtient finalement un rendez-vous à Morlaix, le 2 juin. La date de l'accouchement est arrêtée. « Tout a été tellement rapide que je n'ai pas l'impression que je vais accoucher mais que je vais subir une intervention chirurgicale dans un établissement et avec une équipe que je ne connais pas ». La future maman rentrera aujourd'hui à l'hôpital de Morlaix pour accoucher demain. Ce sera seulement la deuxième fois qu'elle s'y rendra. La deuxième fois aussi qu'elle y verra le gynécologue !