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Voile. Tabarly vu par ses héritiers
L'esprit d'Eric Tabarly habite la Cité de la Voile, qui sera inaugurée demain, à Lorient (*). Près de cinquante anciens équipiers formés à son école y seront présents. Un hommage à ce marin d'exception disparu en mer d'Irlande, il y a dix ans. Quatre de ces héritiers témoignent.
Philippe Poupon : « Un mec avec des valeurs »
Philippe Poupon, qui a dominé la course au large pendant plus d'une décennie, a été formé à l'école de Pen Duick VI (1977-1978). « Eric a porté la belle image d'un type avec des valeurs. Un mec carré, volontaire, compétent, sérieux. Il n'y a jamais eu de fausse note dans sa vie. J'ai embarqué à 23 ans sur Pen Duick VI pour le Tour du monde. Comme on a été exclu de la Whitbread à cause de la quille en uranium, on a fait une balade de plusieurs mois dans le Pacifique avant de rejoindre la course à Auckland... Maritimement et humainement, cela a été une formidable expérience. Le capitaine était agréable, loin de la tyrannie de certains. Quand on est sûr de soi, compétent, il n'y a nul besoin d'être autoritaire. Il y avait de la souplesse à bord, il nous laissait les rênes. Pourtant, on était une bande de jeunes branleurs, pour certains incompétents... Il avait déjà un passé avec de belles victoires et il inspirait le respect. On a appris à son contact ».
Jean Le Cam : « Un monument historique »
« Eric, c'est un monument historique : avec lui, j'ai fait un tour du monde et une transat en double. Grâce à lui, j'ai pu effectuer mon service militaire de façon très agréable. Entre nous, il n'y avait pas de rapport maître-élève. Quand t'es en mer, tu partages des choses. Pour moi, Eric était un marin. Point. Beaucoup de gens étaient impressionnés par sa présence. Moi pas. J'étais respectueux ». Mais dans un coup de sang à la suite d'un chavirage, Le Cam s'est permis de tancer son maître. « Lors de la Transat Lorient - Saint-Barth'retour, on a chaviré avec Eric. En une heure, il y avait deux bateaux sur le toit. Elf de Maurel et Nélias et nous. Au moment du chavirage, j'étais à l'intérieur et Eric à la barre. Je lui ai passé une soufflante... Je lui ai dit : " T'es fier de toi ?". Il avait mal à la clavicule car il avait fait un vol plané de 18 mètres. Il s'est retrouvé sous le filet et il voulait se remettre à l'eau pour remonter sur le bateau retourné. Là, je lui ai dit : " Ça suffit, t'arrête tes conneries maintenant. Tu ne bouges pas et tu attends que je te passe un bout". Oui, j'étais en colère. Ce qui était normal car le bateau appartenait au chantier CDK où j'étais actionnaire. C'était une connerie coûteuse ».
Roland Jourdain : « Naviguer avec la Bible »
Roland Jourdain a effectué le tour du monde en 1985-1986 sur Côte d'Or, tout comme Michel Desjoyeaux. « Sur le coup, quand tu fais le tour du monde avec la Bible, tu ne réalises pas... Embarquer à ses côtés à 20 ans, c'était impressionnant. Ce n'est pas dans le domaine de la régate pure où j'ai le plus appris, c'est plus une certaine façon de vivre la mer qui m'a frappé. Il exprimait le bonheur d'être au large. Il était bien comme on le racontait, à poste à son winch à chantonner du Piaf... Côté bateau, il ne mollissait jamais et n'hésitait pas à envoyer de la toile. Ce n'était pas un skipper autoritaire, mais il avait une autorité naturelle. Il était toujours le premier à effectuer une manoeuvre et son exemple entraînait l'équipage ». Alain Thébault : « Dans le passé et le futur » Alain Thébault est le plus atypique des protégés de Tabarly. Il porte, depuis des années, l'audacieux projet Hydroptère. « Eric, c'est un homme de paradoxe. Il était profondément enraciné dans le passé, attaché à ses bateaux anciens et en projection permanente dans le futur. Grâce à ces racines solides, il était en perpétuelle invention. On lui doit le premier bateau à déplacement léger, la première chaussette à spi, les premiers foils. Il a tracé son sillon hors des sentiers battus. Il n'était pas conventionnel. A sa manière, Eric, c'était un rebelle et c'est à cause de cette forme d'audace et de rébellion que je partageais avec lui qu'il m'a pris sous son aile ». Lire aussi en page 47



Photos F. Destoc, C. Prigent et E. Le Droff . En évoquant Eric Tabarly, ses héritiers, ici Jean Le Cam (en haut) et Roland Jourdain, décrivent leur relation avec ce maître qui leur a transmis l'amour de la mer.
Sources
Le Télégramme
16/05/2008
Rubrique: Infos régionales
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