Tro Menez Are. Vingt ans sous les semelles
Ils n'ont jamais déclaré forfait depuis 1989. Hier encore, Gilbert et Marie-France Kerouanton, jadis bénévoles, se sont glissés parmi les 6.000 nouveaux marcheurs du Tro Menez Are. Leurs six enfants prennent déjà la relève.
Monsieur pansait les plaies des marcheurs. Madame gardait leurs enfants. Et puis, il y a trois ans, Gilbert et Marie-France Kerouanton ont eu envie d'user leurs semelles, comme les 6.000 autres amateurs de ce joli mois de mai, sur les sentiers du célèbre Tro Menez Are.
Hier, sac au dos et canne à la main, ils ont repris, en couple, leur bâton de pèlerin dès 9 h, pour 20 km sur la 20 e édition au départ de la salle des fêtes de Commana.
Par et pour
le Tro Menez Are
De la pluie comme celle du jour, ils en ont vu trois fois, en tout et pour tout, depuis cette toute première marche organisée, en plein coeur des monts d'Arrée, par une poignée de parents de l'école Diwan-Commana, en 1989. Ils en faisaient partie. « Nous habitions déjà Locmélar, à dix kilomètres d'ici. Nos enfants étaient scolarisés à Diwan. L'un des parents d'élèves est revenu d'Alsace en nous parlant d'une randonnée associative géante. Nous cherchions un grand événement, aussi fédérateur que l'était, à l'époque, la foire aux poneys de Lesneven. Nous avions une bonne équipe de familles motivées, un patrimoine unique et l'idée qui nous manquait. C'est comme ça que le premier Tro Menez Are est né ».
Médecin généraliste (à Landerneau), à la ville, Gilbert est naturellement devenu le soigneur de la marche, tandis que sa femme, Marie-France, assurait tantôt l'infirmerie, tantôt la gestion de la garderie.
Un an, deux ans, trois ans comme cela à Commana, « puis il a fallu avoir le courage de se renouveler et de changer de commune ». Botmeur, Plounéour-Ménez, Guerlesquin... Chaque jeudi de l'Ascension, chez les Kerouanton, on a toujours pensé et agi par et pour le Tro Menez Are.
Les six enfants aussi
« Pendant quinze ans, on a côtoyé beaucoup de monde, mais pas franchement foulé les sentiers balisés ! », témoigne Marie-France, qui rappelle au passage que la surveillance de soixante-dix enfants, ça use autre chose que les souliers.
De fil en aiguille, les six Kerouanton-juniors ont, eux aussi, apporté leur petite pierre bénévole à l'édifice de la marche. Surveillance de parkings pour les garçons. Inscriptions ou garderie pour les filles. La petite dernière, Azilis, 20 ans, faisait encore la nounou, hier.
Pour tous les autres membres de la famille, depuis trois ans, c'est désormais relâche. Le Tro Menez Are se vit non plus en aidant, mais en marchant. Et même si Gilbert redécouvre pas mal des sentiers qu'il a déjà lui-même balisés, le plaisir est intact. Un seul regret, néanmoins : « Ne plus pouvoir savourer le point de vue de Saint-Rivoal, celui que je préfère ». Succès oblige, le Tro Menez Are privilégie les espaces plus accessibles. Qu'à cela ne tienne. L'an prochain, les Kerouanton auront sans doute un rendez-vous inédit. Qui s'annonce plus bas, du côté de Brennilis.