Séjour éducatif. Aux assises pour actes de torture sur un ado
Le 17 mars 2003, Cyril Driancourt, un ado finistérien « difficile », décédait dans d'atroces circonstances au cours d'un « séjour éducatif » en Zambie. Deux mineurs, un encadrant et le président de l'association organisatrice du séjour, sont renvoyés devant la cour d'assises du Finistère.
Actes de torture et de barbarie. Quel autre nom donner au calvaire infligé à Cyril Driancourt, 15 ans, en mars 2003 ? Parce qu'il était rebelle et fugueur, l'ado venait de faire l'objet d'une mesure éducative décidée par un juge pour enfants de Brest. Direction la Zambie, en Afrique, pour un « séjour de rupture ». Une mesure habituellement réservée aux mineurs en très grande difficulté, souvent violents et délinquants, qui échappent à toute prise en charge traditionnelle. Cyril, lui, était « difficile », mais inconnu des services de police.
Recouvert d'excréments
et ligoté à un poteau
L'ado est confié aux services sociaux du conseil général du Finistère. Le séjour, lui, est organisé par une association parisienne, Vagabondage, avec qui le conseil général a déjà travaillé. Sur le papier, ce périple africain est un vrai trekking de luxe : bateau, survol du désert du Namib en montgolfière, prise de contact avec les Bushmen du désert du Kalahari...
La réalité est toute autre. Cyril découvre un camp de fortune, au coeur de la savane africaine, à cinq heures de route de la capitale... Un camp administré d'une main de fer par un seul encadrant : Frédéric Aupérin, 40 ans au moment des faits, un baroudeur avec un brevet de culturisme pour tout diplôme. L'association ne dispose d'aucun agrément et prend en charge, dans ce camp, dix ados, au lieu des trois annoncés. De vraies têtes brûlées dont certaines sont suivies psychiatriquement.
Cyril devient le souffre-douleur de ses camarades. Trois semaines après son arrivée, il fugue. Selon l'instruction, Frédéric Aupérin décide d'administrer une « correction » à Cyril : il le roue de coups et donne des instructions aux autres ados. On feint de le noyer dans une mare aux cochons. On lui fait ingurgiter des excréments dont on le recouvre ensuite. Il est à nouveau battu, et finalement attaché nu toute une nuit à un poteau. Cyril décède quatre jours plus tard, « probablement victime d'une crise d'épilepsie consécutive aux sévices subis, au manque de sommeil et à l'arrêt de son traitement médicamenteux contre l'épilepsie », diront plusieurs experts.
Procès : pas avant un an
Pour ces faits, six mineurs sont poursuivis pour actes de torture et de barbarie. Deux comparaîtront devant la cour d'assises des mineurs du Finistère. Les quatre autres, qui n'avaient pas 16 ans au moment des faits, comparaîtront devant le tribunal correctionnel pour enfants.
Hier, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Rennes a confirmé le renvoi de Frédéric Aupérin devant la même cour d'assises (contestant les faits, il avait fait appel de ce renvoi). Elle est même allée plus loin, en le renvoyant en qualité, non plus de complice, mais de coauteur d'actes de torture et de barbarie, avec circonstances aggravantes. Pour cela, il encourt désormais la perpétuité.
Le directeur de l'association, Robert Antraygues, sera également à ses côtés, pour homicide involontaire par négligence ou manquement à une obligation de sécurité.
Le procès d'assises, au cours duquel de nombreuses questions seront soulevées, pourrait avoir lieu à la fin de l'année 2009.