Région. Le système Le Drian
2004-2008. Cela fait bientôt quatre ans que Jean-Yves
Le Drian est aux manettes de la Région. Il est encore un peu tôt pour dresser le bilan du premier mandat de la gauche bretonne, qui s'achèvera en 2010. Mais on peut tenter d'évaluer sa méthode, son fonctionnement politique, sa gestion et ses résultats.
La méthode Le Drian est désormais bien rodée. Comme ils l'avaient annoncé, le président et sa majorité ont largement ouvert les portes de la concertation, en amont des décisions. Dans tous les domaines, ils ont multiplié les conférences régionales, assises, groupes de réflexion et autres comités d'experts pour éclairer - et bien sûr pour légitimer - les choix des élus.
À Rennes, l'hôtel de Région est devenu une ruche bourdonnante, le point de convergence de tous les représentants de la « société civile » bretonne, flattés d'être ainsi invités à se faire entendre, et ravis de constater qu'ils étaient écoutés.
Ainsi est née toute une série de « stratégies », « schémas » et « plans d'action » (environnement, tourisme, éolien, culture, sport, emploi-formation, littoral, développement économique, conditions de travail...) qui ont constitué, au fil des ans, l'ossature des politiques régionales.
L'entonnoir participatif
Présentée comme la mise en musique des consensus préalablement dégagés par les associations et organismes divers, cette « gouvernance participative » a permis à l'équipe Le Drian de communiquer tous azimuts. Chaque réunion d'étape, chaque annonce de méthode, chaque réunion de préparation, chaque bilan de consultation, a donné lieu à autant de conférences de presse et d'édition de dossiers bien léchés.
Du beau travail, assurément, que cette tactique de l'« entonnoir » consultatif, ponctuée de communications techniques, dont sort, au bout du bout, une décision forcément bonne puisque tout le monde y a été associé.
On est loin des pratiques de la majorité précédente, qui se contentait de faire savoir ce qu'elle avait décidé, sans s'encombrer des détails de la procédure préalable. Le formalisme communicant aussi a été chamboulé : le temps n'est plus où seul le président et deux ou trois vice-présidents étaient autorisés à porter la parole de l'institution. Le Drian a libéré ses élus, et chacun y va de ses points de presse et commentaires publics. En début de mandat, ces interventions se sont parfois télescopées mais l'impression de cacophonie s'est vite dissipée dès lors que les élus se sont recadrés sur leurs sujets, qu'ils possédaient de mieux en mieux.
Constance des priorités
Et au-delà de la communication, que fait le conseil régional ? Eh bien, il dirige la Bretagne comme il avait promis de le faire lors de la campagne électorale, mais sans réelle « rupture » avec les priorités de la précédente majorité. Bien sûr, on parle plus qu'avant de culture, de « bretonnité », de solidarité, d'énergies renouvelables, de décentralisation, de sport ou de concertations avec les autres collectivités bretonnes. Mais la force nouvelle de ces discours ne s'est pas réellement traduite dans la réalité des budgets.
Il est vrai que le conseil régional n'est pas une institution bien riche. Son milliard d'euros de budget reste essentiellement consacré au coeur de compétence : les lycées, le train régional, l'action économique et la formation professionnelle. À cela s'ajoutent deux grands dossiers spécifiques à la Bretagne, la reconquête de la qualité de l'eau et le TGV. Pour la majorité de gauche, comme pour celle de droite qui l'avait précédée, ces enjeux sont majeurs. Là non plus, il n'y a pas vraiment de révolution si ce n'est, comme ailleurs, dans le discours de la méthode et dans les grandes déclarations d'intention.
L'impôt TGV
Reste la politique fiscale, le grand discriminant entre la gauche et la droite. Celle-ci accuse celle-là de dépenser sans compter l'argent des contribuables, celle-là rétorquant que la qualité des services rendus au public justifie des efforts financiers. Là, il faut bien reconnaître que les choses ont changé...
En apparence, du moins. Car, si la majorité Le Drian a fortement augmenté les coûts de personnel, c'est dû principalement aux transferts de compétences liés à la décentralisation. Et si les impôts ont été sérieusement augmentés en 2005 et en 2006, c'est avant tout pour préparer les formidables investissements du plan ferroviaire breton qui doit mettre Brest et Quimper à trois heures de Paris. Un plan dont la nécessité est partagée par tous et que la droite aurait, elle aussi, été contrainte de financer par l'impôt.