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Rando. Le GR 34 fête ses 40 ans
Le GR 34 fêtera ses 40 ans le 1 e r juin. Sans Émile Orain, le chemin de grande randonnée littoral breton existerait-il ? En tout cas, le Lannionnais en a été le défricheur. Cent balades seront proposées dimanche prochain pour (re) découvrir ce chemin mythique. « Je marchais beaucoup déjà. On faisait de la rando sans le savoir. En 67, quand le Service du tourisme rural a souhaité étendre le réseau des dix GR (chemins de grande randonnée) qui existaient en France, j'ai accepté de m'en occuper. Pas question que la Bretagne reste à l'écart. C'est ainsi qu'est né le GR 34 qui, alors, devait serpenter entre la côte et l'intérieur ».
À la faucille
Employé à Jeunesse et Sports, Émile Orain est aussi impliqué dans le mouvement Auberges de Jeunesse. Amis et groupes de jeunes sont ainsi mobilisés, tous les week-ends. Une première section est tracée en 1968, à la faucille, près de Lannion (22) ; de fil en aiguille, Perros-Guirec, Tréguier puis Paimpol sont reliés. « Du coup, on a édité un carto-guide à la " ronéo". Surprise : on a eu droit à un article dans Le Figaro. Les demandes ont afflué. J'ai été sollicité pour aller parler du GR et rencontrer des gens qui accepteraient de faire le relais ; notamment le club alpin de France ou la CCI de Morlaix. Les gens d'Ille-et-Vilaine sont venus me voir spontanément. Ça a été plus long dans le Morbihan ». D'autres accros de la marche et de la machette se révèlent : Maurice Méauté et Marc Faucon, à Saint-Brieuc, Raymond Chevalier, dans le Finistère. « Au bout de deux ans, on s'est rendu compte qu'il fallait coordonner ce travail et relier tous ces pointillés. On a aussi redéfini le parcours tel qu'on le connaît aujourd'hui, essentiellement côtier, et créé des transversales nord et sud (GR 31, 37, 39) ».
Une longue chaîne
De ce foisonnement naissent les comités départementaux de la randonnée puis le comité régional que présidera Émile pendant quinze ans. Cette éclosion de sentiers suscite aussi de multiples vocations de marcheurs : « Au début, il n'y avait personne quand on les ouvrait. Mais c'est vite venu. C'est là qu'on a trouvé des volontaires pour défricher et assurer le suivi et l'entretien des chemins ».
Bagarre pour la servitude
Pendant que les marcheurs tracent le GR à la sueur de leur front, les collectivités, auxquelles on accorde un début d'autonomie, commencent à brader leurs chemins embroussaillés. « On a fait pression pour que ces chemins soient classés », explique Émile. Mais un autre combat se prépare : « La côte commençait à se privatiser. On a, là encore, fait le forcing ». La servitude de passage sur le littoral (de 3 m) est adoptée le 31 décembre 1976. Il revient aux Bretons de l'expérimenter : « Un gros boulot car le sentier des douaniers n'existait pas physiquement. Et puis, on a dû faire face à de fortes oppositions de riverains, comme à Lézardrieux (22)». Ces réticences ne sont pas encore levées, « des communes, comme Bréhat, n'ayant toujours pas lancé d'enquête de servitude ». Et si le dernier tronçon du GR 34 vient d'être bouclé, à Damgan (56), c'est au prix de détours par l'intérieur : « Mais on veille à ce qu'il y ait un intérêt sur le plan paysage et patrimoine ».
Trop de « boulevards » ?
Émile Orain regrette toutefois que « la loi ne soit pas la même pour tous ». Non sans souligner que « là où la DDE a été ferme, cela a facilité les choses ». Quoi qu'il en soit, le GR 34 est devenu l'un des sentiers les plus courus de France, après ceux de Compostelle et de Corse. Satisfaction du devoir accompli donc. Petite pointe de nostalgie, tout de même, « de l'époque où on partait dans la nature avec la carte d'état-major ». Regret aussi de voir trop de « boulevards » : « On est sans doute devenu un peu trop exigeant en termes d'aménagements et d'accessibilité. Rien ne vaut de découvrir la nature telle qu'elle est, même si je comprends bien que tout le monde ne veut pas traverser des rivières avec de l'eau jusqu'à la taille », conclut un Émile Orain toujours vaillant, à 85 ans, même si l'usure du temps le contraint à des promenades plus sages, désormais.



Émile Orain, toujours vaillant, à 85 ans, continue à arpenter les chemins bretons. Pendant 40 ans, il a veillé à l'émergence du GR 34 et à sa pérennité. . Photo H.Q.
Sources
Le Télégramme
25/05/2008
Rubrique: Infos régionales
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