Portrait de Chine. Un entraîneur au pays des surentraînés
Depuis un mois qu'il est revenu, Benjamin Cadet ressasse les bons et les mauvais moments de son expérience chinoise. Il aura en fait suffi d'un entraîneur local récalcitrant pour teinter de gris le séjour du vététiste guingampais.Le projet s'annonçait épanouissant. Il le fut, mais « je me suis parfois demandé ce que je faisais là-bas ». Arrivé fin novembre dans la province du Shandong, en même temps qu'Émeric Le Corguillé, Vincent Quémard et Samuel Monnerais, les spécialistes du BMX et le cadre technique sportif de la Ligue, Benjamin Cadet (24 ans) s'était initialement engagé pour un an. Au contraire de ses camarades, investis d'une mission de quelques mois. « Je suis parti dans le cadre de la coopération avec la Région Bretagne ».
Des entraîneurs élevés
à l'école soviétique
Sa mission était d'initier les vététistes locaux aux méthodes d'entraînement françaises. « Le problème, c'est que l'entraîneur chinois n'avait, lui, aucune intention de s'adapter à ces méthodes ». Étouffé par la pression de sa hiérarchie, M. Zhao fut du genre retord. « Comme beaucoup, il a été élevé à l'école soviétique des années 80 ». Quantité plutôt que qualité : il y a pourtant belle lurette que les techniciens occidentaux sont revenus de ce précepte éculé. « Là-bas, c'est la règle du plus possible. Les coureurs ne se plaignent jamais, enchaînent les séances comme des diesels mais ne travaillent jamais en intensité ». Résultat, « sur des tours de vingt minutes, j'allais plus vite qu'eux ! »
Responsabilités diluées
Dépourvue de tissu associatif, la Chine ne promeut qu'un sport de métier. « Tous les vététistes auxquels j'avais affaire étaient des professionnels payés par l'État. Certains appartenaient à l'élite, les autres rêvaient d'y accéder. À table, les deux groupes étaient séparés. Les meilleurs mangeaient mieux que les autres ».
Autre exemple choquant : les fiches de paie que chacun devait émarger à tour de rôle. « La cuisinière, rémunérée 50 € pouvait voir que l'entraîneur en chef en touchait 500 ». La mentalité chinoise n'est heureusement pas frondeuse. « Ils n'aiment pas faire de vagues. Même chose lorsqu'il s'agit de régler un problème, le mien en l'occurrence. Quand j'alertais le « big boss » sur le manque de coopération de M. Zhao, il mettait une dizaine de jours à venir me voir et choisissait finalement de ne pas intervenir. Les responsabilités sont tellement divisées que tout le monde les fuit ».
Des gens honnêtes
Sur le terrain, ce fut un combat de tous les jours d'essayer de freiner la surdose d'entraînements. « J'ai assisté à plusieurs courses. Le niveau masculin était assez médiocre. Les trois meilleures féminines, en revanche, figurent parmi les meilleures mondiales. La plus connue avait une voix étrange, des muscles saillants, des boutons sur la figure... »
Benjamin n'en dira pas plus, préférant insister sur l'accueil qui lui fut réservé. « Les Chinois sont honnêtes et exemplaires. Je suis parti en bons termes avec tout le monde. Sauf, bien sûr, avec ce fameux entraîneur qui n'est pas venu me serrer la main... »