Pêche. « Le pire est devant nous »
Problèmes de ressources, carburant qui flambe... La pêche est dans une sale passe. Et il ne faut pas attendre de miracles des six mois de présidence française à Bruxelles.
Depuis près d'un an, c'est la crise. La profession est divisée. Il y a beaucoup d'amertume chez les professionnels, beaucoup d'inquiétudes aussi. C'est ce qui ressort de l'assemblée générale du Comité national des pêches qui se tenait, hier, à Paris.
« On est tous en train de crever ! », s'insurge le président du Comité régional des Pays-de-la-Loire. C'est la pêche de l'anchois, fermée depuis quatre ans, qui déclenche sa colère. Le Breton André Le Berre dénonce « le travail de sape », démarré avec la fermeture du filet maillant dérivant. « Maintenant, c'est le chalut qui est à l'index ! », déplore-t-il.
Le président du comité national, Pierre-Georges Dachicourt, l'affirme : « Le pire est devant nous ! ». « On attend beaucoup de Bruxelles, dit-il, peut-être trop de cette présidence française », ajoute-t-il.
Aides d'urgence, aides sociales : les mesures nationales du plan Barnier commencent à peine, à se concrétiser. « Ce plan arrive trop tard », regrette Sylvie Roux, de la CFDT.
La solution européenne ?
Le salut viendrait-il de Bruxelles ? Le ministre de l'Agriculture et de la Pêche, Michel Barnier, qui s'exprimait, hier, par vidéoconférence depuis Bruxelles, n'a pas caché que « six mois ne suffiront pas pour faire avancer la réforme de la gestion des quotas qui doit être modernisée ».
La France ne peut pas refaire la loi mais va, tout de même, pouvoir donner de la voix pendant six mois. La pêche française n'était pas seule dans la galère. Italie, Irlande, Espagne : la Commission a fini par reconnaître qu'il fallait une réponse européenne pour le secteur. Le Conseil des ministres du 15 juillet devrait valider, espèrent les professionnels, une grande partie du plan Barnier. Le plafond des aides dites de minimis devrait, par exemple, être relevé de 30.000 euros à 100.000 pour les entreprises.
Sur la ressource, outre les éternelles polémiques sur les chiffres récoltés par les scientifiques, le ton n'est pas à l'optimisme, notamment sur l'anchois. « Les indicateurs montrent que la ressource est clairement insuffisante », a souligné le ministre. On peut traduire clairement : la pêche à l'anchois dans le Golfe de Gascogne n'est pas prête à rouvrir...
Sur le cabillaud, il y a un petit espoir pour la Manche Est et la Mer celtique. Sur le thon rouge, c'est l'incompréhension totale entre la France et Bruxelles.
Rien de très réjouissant. Sylvie Roux le dit haut et fort : « Le seul espoir consiste aujourd'hui à faire bouger les lignes de la Commission européenne. Sur le plan national, les pouvoirs publics sont allés au maximum de ce qu'ils pouvaient faire. Pour le reste, il en va de la volonté européenne qui a pouvoir de vie et de mort sur la pêche française ! »