Monts d'Arrée. Trente ans d'inspiration
Depuis 1974, ce Suédois, conservateur de musée dans son pays, photographie les monts d'Arrée. En noir et blanc. Gösta Sandberg en a fait un livre et une exposition à découvrir jusqu'au 3 août dans une petite chapelle de Scrignac. Rencontre au coeur de sa source d'inspiration.Le chemin de campagne s'enfonce dans la vallée. Après le hameau de Trénivel, elle est là, la chapelle Saint-Corentin, chapelle du XV e siècle entièrement rénovée. C'est ici, dans ce petit coin protégé de Scrignac que le photographe suédois Gösta Sandberg a choisi d'exposer plus de trente années de balades, de rencontres et d'amitiés dans les monts d'Arrée.
Tout commence par un joli hasard. L'étudiant ethnologue qu'il est alors, passionné de voyages à vélo, découvre l'Irlande et la culture celtique. « Là-bas, quelqu'un me parle de la Bretagne, un pays aux fortes traditions celtes justement. Je n'en avais jamais entendu parler. Alors, avec un ami, nous sommes venus avec notre vieille voiture jusqu'à votre région. On l'a garée au Mont-Saint-Michel et on a enfourché nos vélos... ».
On est en 1974. Gösta découvre la Bretagne-Nord. « Lors d'une pause, une personne nous dit : " Si vous voyez un panneau fest-noz, arrêtez-vous et allez-y ". Ce fut le cas en arrivant à Morlaix (29). Nous avons sympathisé avec une famille qui nous a invités chez elle le lendemain... ». Chez elle, c'était à Scrignac.
Depuis, le jeune étudiant, devenu conservateur de musée à Alingsas, revient tous les deux ans ici. Et inlassablement, il photographie ces paysages qui le bouleversent, ces visages qui lui ouvrent leur coeur et leur demeure.
Témoignage d'une époque
Sur la porte de la chapelle, l'affiche de l'exposition est illustrée par une photo saisissante. Celle d'une grand-mère qui remonte avec ses sabots un champ de paille. Elle est habillée tout en noir et ce sont ses cheveux blancs, retenus en chignon, qui accrochent le regard. « C'était en 1976. Nous faisions du vélo, il faisait très chaud et l'on remontait vers Lannouédic. Cette grand-mère nous a demandé si on voulait de l'eau, on a bavardé avec elle et on est allé dans le champ regarder la moisson. Elle nous a suivis, je me suis retourné, je l'ai vue et j'ai tiré cette photo ». Quelques mois plus tard, Jeanne-Yvonne décédait. « C'est la dernière photo prise d'elle, on l'a envoyée à sa famille avec qui nous sommes restés en contact. C'est grâce à eux que nous avons fait la connaissance des Goarnisson ».
Suzanne et Louis, qui l'ont accueilli à chaque passage, seul, puis avec Kirsten sa compagne et désormais avec Solveig, leur fille. La famille Goarnisson est un de ses sujets de portraits préférés. « J'ai besoin de travailler dans une relation familiale. J'ai trouvé tout ceci ici, alors qu'en Suède, je n'ai pas la même proximité avec les gens qui vivent à côté de chez moi ! Les photographies que j'ai prises sont les témoins d'une époque et d'une façon de vivre qui est en train de changer. Je voulais que ces gens aient une trace de ce passé ». C'est pour cette raison que Gösta Sandberg en a fait aussi un livre, « Sous un ciel breton »... À découvrir pendant l'exposition.
« Rencontres aux monts d'Arrée, Scrignac, 1974-2006 » jusqu'au 3 août, Chapelle Saint-Corentin, Trénivel, Scrignac. Du mardi au dimanche de 13 h 30 à 18 h 30. Tél. 02.98.78.20.69.