« Le bocage, on s'engage ». Les agriculteurs en campagne
La chambre d'agriculture et le conseil général du Finistère lancent une campagne « Le bocage, on s'engage ». Il est temps de relancer la politique de reconstitution des talus et haies, qui a faibli ces dernières années.
La reconstruction des talus est déjà une vieille histoire. La prise de conscience de l'importance des talus et haies est née parallèlement aux excès du remembrement, dans les années 1960-1970. L'agriculteur était lui-même bien placé pour connaître les fonctions brise-vent, anti-érosion et hydraulique du bocage. On a donc replanté des cyprès avec la volonté de rationaliser l'agencement des parcelles. Michel Le Corre, agriculteur à Plogonnec, fait le constat en montrant une haie dense de cyprès, à l'entrée de sa ferme de Rubian. « C'est une catastrophe, on ne sait pas comment les entretenir ». Exit les cyprès.
Dès les années 1990
En 1991, le conseil général du Finistère a lancé un programme bocage. Dans un premier temps, les haies d'essences variées étaient privilégiées. Il a fallu attendre 1996 pour que la reconstruction de talus, prônée depuis longtemps par les associations militantes, soit enfin prise en compte.
Depuis cette date, près de 700 km de haies et 300 km de talus ont été reconstitués. Cela suffisait-il à compenser les arasements qui continuaient, ici ou là, dans le cadre de la réorganisation des exploitations ? Pas sûr. « Sur la commune de Briec, on comptait 120 km linéaires de talus en 1952, 62 en 1996 et 58 en 2005 », dit Nicolas Kergourlay, du syndicat de production d'eau potable de Quimper.
Coup de frein en 2005
Un coup de frein a été donné à cette politique en 2005, avec la nouvelle réglementation issue de la Politique agricole commune (Pac) qui excluait les talus du calcul des surfaces cultivées primées. Les élus de la chambre d'agriculture ont donc souhaité relancer la promotion du bocage avec l'appui du conseil général et du Syndicat des eaux de Quimper.
Pour présenter l'opération, la commune de Plogonnec était bien choisie. Une opération collective de création et d'amélioration du bocage y a été réalisée en 2001. Résultat : 17 km de haies plantés, 7 km de talus construits. « Nous avons créé Plogonnec Bocage pour mieux gérer les aides financières destinées à la vingtaine d'agriculteurs mobilisés », dit Albert Seznec, éleveur et président de l'association.
Travaux financés à 100 %
La nouvelle opération « Le bocage, on s'engage » se concrétisera notamment par une opération sur une zone du bassin-versant du Steïr, à Briec, pour 30 exploitants. L'inventaire est déjà réalisé. Un programme de reconstitution sera proposé aux agriculteurs. Les travaux seront financés à 100 %, de même que l'entretien, sur trois ans.
Une autre zone test va être activée sur 300 hectares du bassin de l'Aber Benoît. Parallèlement, l'opération travaillera au développement de la filière bois énergie. Actuellement, deux piscines du Finistère sont chauffées au bois-bocage (Scaër et Morlaix) et deux autres projets sont bien engagés (Quimperlé et Briec).
Christian Le Corre, producteur laitier bio, montre les haies où se côtoient châtaigniers, noisetiers et même pruniers et pommiers. « En dix ans, j'ai planté quatre kilomètres, dit-il. Cela fait suite à notre passage du rythme intensif à l'herbe avec nos vaches tout le temps dehors ».