Guingamp. Les courriers de la psy rendent fou
C'est une histoire de fou. Une affaire de courriers indélicats qui, depuis 2004, pourrit la vie d'un couple guingampais et embarrasse voisinage comme autorités locales. Recherchée par la justice depuis plus de 18 mois, l'auteur de ces lettres, une psychiatre toujours inscrite à l'ordre des médecins de Paris, multiplie par centaines les envois calomnieux, sans se faire pincer.
La main nerveuse, Patrick (*) bat et rebat les courriers manuscrits, tel un jeu de cartes écorné. « Il y en a plus d'une centaine ! Ça n'arrête pas. Ce n'est plus supportable ». Pour sa retraite, elle lui avait promis « l'enfer ». Elle a tenu parole...
Depuis trois ans et demi, le sexagénaire guingampais vit un calvaire. Son épouse aussi. Harcelé par une psychiatre parisienne, aujourd'hui introuvable, Patrick voit son nom mis à toutes les sauces. Difficile d'être ainsi taxé de toutes les infamies avec, en prime, copie adressée au voisinage, histoire d'alimenter les gorges chaudes.
« Jusqu'où ça va aller ? », interroge Patrick qui, « humilié » et blessé dans sa dignité de père et grand-père, en veut depuis le début au parquet de Guingamp « qui n'a pas pris l'affaire au sérieux suffisamment tôt ». Le dernier pli reçu dans sa boîte aux lettres remonte à quinze jours. Il y a une semaine, c'est un voisin qui était destinataire de la prose. Le 31 octobre, le répondeur familial était noyé d'invectives. « Tant qu'elle ne sera pas arrêtée, ça n'en finira jamais. Je tiens le coup, mais ma femme... »
Un « bonjour »
et tout bascule
Tout a basculé en juillet 2004. Ce jour-là, explique Patrick, il adresse un « bonjour » dans la rue à la psychiatre, originaire de Guingamp. Des civilités qui émeuvent celle-ci au point qu'elle « jette aussitôt son dévolu sur moi. Dans la foulée, elle m'a adressé un premier courrier sans ambiguïté. Je l'ai déposé au commissariat. Elle ne l'a pas supporté... » Une enveloppe, une seconde... Bientôt, tout Guingamp est au courant de l'affaire. D'autant que la psy tient vitrine et fait jaser. Au passage, plus d'un en prend pour son grade. Élus, procureur, pharmaciens, gendarmes... Qu'ils soient commerçants locaux, notables ou simples quidams, chacun a droit à sa petite attention manuscrite. Jusqu'au curé et à l'Élysée, en la personne du président Chirac, à émarger dans l'histoire !
Se disant victime d'un complot et détentrice d'un secret d'État recueilli dans le cadre de sa profession, la psychiatre va plus loin. Avec tampon à en-tête, elle alerte, selon ses écrits, « 2.000 » confrères et consoeurs. Elle se tourne aussi vers les députés français et la plupart des parquets de France et de Navarre. Côté gendarmerie, on se familiarise avec l'intéressée. Clôturée peut-être un peu hâtivement fin 2005, l'enquête reprend au printemps suivant avec, notamment, une garde à vue qui, en avril 2006, se solde par un placement d'office à l'hôpital psychiatrique de Bégard. Objectif : réaliser une expertise psychologique permettant de déterminer la responsabilité pénale ou non de la praticienne.
Elle fuit avant le diagnostic
Problème : après trois semaines sans diagnostic officiel, la psy ne demande pas son reste et disparaît dans la nature. Depuis, plus aucun signe de vie, hormis les courriers. « Pas de mouvements bancaires, pas de facture EDF, rien côté Sécurité sociale », assure Anne-Sophie Monet, procureur de Guingamp. En octobre 2007, tandis que la mairie alerte la population sur ces courriers malveillants, la juge d'instruction Frédérique Ropars est saisie pour reprendre l'enquête judiciaire. En novembre, c'est au tour du conseil de l'ordre de Paris de s'interroger sur une éventuelle suspension de la praticienne, « introuvable », mais toujours juridiquement autorisée à exercer.
Patrick, lui, veut croire une dernière fois en la Justice. D'autant qu'il a signé, dernièrement, la pétition pour le maintien du tribunal de Guingamp, frappé d'alignement dans le cadre de la réforme Dati.
* Le prénom a été modifié.