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Génération mitrons
La semaine prochaine, c'est la Fête du pain. Pendant quatre jours, la Bretagne est invitée d'honneur de cette fête à Paris où elle tiendra le haut du parvis de Notre-Dame avec pains à la pelle, far, croissants, boulangers, boulangères et petits mitrons puisque cette profession suscite des vocations. Elle figure assurément sur le podium des plus nobles métiers du monde (avec vigneron et toubib) et, par bonheur, elle a su nous éviter les affres de la production de masse. Quand tomba du ciel la première baguette industrielle, on en fut presque à pleurer d'avance sur notre pain perdu. Celui d'avant qu'on ne retrouverait plus. Mais comme il ne faut désespérer de rien, les boulangers nous ont fait le coup de la multiplication des pains, avec une créativité qui confine parfois à l'ingéniosité. Que l'arrivée de l'euro ait contribué à un petit coup de pouce n'a échappé à personne. Mais il est plus que jamais logique et nécessaire que les boulangers gagnent leur croûte. Car la boulangerie, aujourd'hui, c'est comme un îlot de résistance à ces forces centrifuges qui déplacent les commerces vers les périphéries et mettent la convivialité urbaine au rayon des produits soldés. À l'heure où nombre de cafetiers ont pris un coup dans l'aile et de buralistes, un coup dans la pipe, on sent comme un flottement dans l'humeur citadine. Que nos centres-villes, ces dernières années, aient surtout vu l'installation de guichets de banques, d'agences immobilières ou de téléphonie mobile, n'a pas de quoi rassurer le péquin de base sur les gaîtés urbaines. Alors vive la boulange et ses boutiques aux senteurs incomparables où on a même du plaisir à attendre son tour, en painpotant le matin, entouré de belles miches. Un peu comme jadis quand les villageois se retrouvaient autour du four commun en parlant de la pluie ou du beau temps, du blé avec lequel ils ne feraient pas beaucoup d'oseille ou du petit dernier qui a des taches rouges plein la figure que-ses-frères-ont-eu-la-même-chose. Aujourd'hui, ça s'appelle la météo, le pouvoir d'achat et la rougeole mais cette tradition-là, il faut bien le dire, c'est du pain bénit.


Sources
Le Télégramme
10/05/2008
Rubrique: Finistère
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