Gaza. Ce Breton qui fait vivre la culture
Le Breton Gaëtan Pellan dirige le Centre culturel français de Gaza, seul îlot étranger en fonction sur ce territoire au coeur de tant d'enjeux. Partageant le quotidien d'un peuple en souffrance, il croit aux vertus de l'art.
« Les Palestiniens n'ont-ils pas d'autres priorités que des expositions ou des concerts ? ». Posée si souvent, la question a le don d'agacer Gaëtan Pellan. Directeur du Centre culturel français de Gaza depuis trois ans, le Breton se bat contre les tensions et les absurdités du Moyen-Orient pour « donner du rêve, offrir une évasion qui doit redonner un peu d'espérance à un peuple dominé par le pessimisme ».
« Dépasser les frustrations »
Alors, il multiplie les initiatives, invitant des artistes français, repérant les talents palestiniens, créant l'événement avec la Nuit blanche ou un 14-Juillet improbable... Le tout en jonglant avec les difficultés du quotidien : le groupe invité à la dernière Fête de la musique n'a pu monter sur scène. Bloqué à un check-point. « Du fait du blocus, j'ai appris à faire sans essence, parfois sans électricité et tant d'autres choses, explique Gaëtan Pellan. Il faut dépasser les frustrations ».
Son premier contact avec les Palestiniens remonte à 2002. Il accompagne des artistes proposant des ciné-concerts dans des camps. Face à l'accueil enthousiaste et la soif de découverte qu'il y rencontre, l'envie de s'expatrier naît chez lui. Elle se concrétisera en 2005, avec cette nomination au Centre culturel français de Gaza, seule structure étrangère en activité, dépendante du consulat général de Jérusalem. « Si je n'avais pas fait ce choix, je l'aurais regretté toute ma vie », résume le Costarmoricain. Il travaille avec six personnes dans une petite villa située... rue Victor-Hugo. Les cours de français y sont très prisés.
« Je ne vis pas dans la peur »
Son arrivée, en septembre 2005, coïncide avec le mouvement de retrait des colons israéliens. L'étau se desserre, l'espoir est alors de mise. La situation s'est, depuis, dégradée sur ces 360 km² où vivent plus d'un million d'habitants. Incursions et bombardements de l'armée israélienne, tirs de roquettes et règlements de compte entre factions palestiniennes sont fréquents. « Pourtant, je ne vis pas dans la peur, je n'ai que rarement le sentiment d'insécurité et la victoire du Hamas, l'an passé, si elle a été mal perçue dans le reste du monde, a apporté plus de stabilité », raconte-t-il, désirant apporter de la nuance dans les tonnes d'idées reçues régnant sur Gaza et la Palestine. Bien sûr, il peut attendre parfois trois heures à un check-point, « mais certaines familles ne passent jamais le barrage, faute d'autorisation ». Relativiser, toujours. Et se ménager des portes de sortie.
Celui dont le père est originaire de Rouillac (22) et la mère de Guilliers (56) a su se réserver, de son appartement, une vue sur la mer. Selon lui, « un Breton aime savoir qu'il peut voyager tout le temps ».
Il va entamer sa quatrième année, sa dernière, à Gaza. Son ambition ? Lancer et achever la construction d'un nouveau centre culturel. Seulement voilà, le ciment manque terriblement... « On va activer des réseaux : être débrouillard est une nécessité ».