Fin de la gratuité ? Cofiroute lorgne sur le réseau breton
A en croire le P-DG de Cofiroute, l'Etat serait bien inspiré de lui concéder les voies-express bretonnes, où il financerait ses investissements par le péage. La suggestion n'est pas nouvelle. L'hostilité des Bretons non plus.
Voici quatre ans le sénat avait émis l'idée que, peut-être, il serait bon que les collectivités puissent avoir la possibilité de faire payer les utilisateurs des infrastructures routières de leur territoire. La réaction n'avait pas traîné : industriels, transporteurs et élus unanimes étaient aussitôt montés au créneau pour combattre cette idée jugée dangereuse pour l'économie d'une région périphérique.
La duchesse et le général
La question vient d'être à nouveau posée par Pierre Coppey. Dans une interview au journal Les Echos, le patron de Cofiroute estime que « l'Etat gagnerait à élargir le périmètre des concessions autoroutières pour financer des dossiers d'infrastructure de la Francilienne ou des quasi-autoroutes bretonnes, payées par le contribuable et gratuites pour l'usager... Nous pourrions faire les investissements pour son compte en étant payés... par l'assujettissement au péage des sections que nous prendrions en charge ».
Pierre Coppey n'ignore pas que la reine Anne avait obtenu pour son duché la franchise d'octroi. « Mais elle est morte en 1514 et n'avait pas obtenu de concession perpétuelle », poursuit-il. « Nous vivons dans une autre époque ».
« Quasi-autoroutes »
Une autre époque ? Evidemment. Le fameux « plan routier breton », annoncé par Charles de Gaulle voici plus de 40 ans, est passé par là. La République a honoré la promesse du roi : les voies-rapides bretonnes resteront gratuites, quitte à demander aux collectivités de la région de contribuer. Ce qu'elles ont fait.
Sur quelles « quasi-autoroutes » Cofiroute pourrait-il lorgner ? « Sur celles que l'Etat n'a pas transférées aux départements, c'est-à-dire toutes les voies-express sauf Rennes-Saint-Malo », répond Claudy Lebreton, président du conseil général des Côtes-d'Armor, très remonté contre l'appel du pied de Pierre Coppey. « On ne traverse pas la Bretagne, on y vient », explique-t-il. « Seul le tronçon Nantes-Rennes-Fougères est une voie de transit, mais elle nous relie au coeur de l'Europe et je suis hostile à tout péage ».
« Cousu de fil blanc »
Même irritation chez Gérard Lahellec, vice-président de la région chargé des transports, qui ne croit pas à la sollicitude de Cofiroute à l'égard de l'Etat impécunieux. « C'est une nouvelle illustration d'un discours récurrent selon lequel il faut faire payer l'usager en faisant croire aux miracles de la privatisation des infrastructures publiques », lance-t-il. Pour lui, « l'intervention de Pierre Coppey est cousue de fil blanc ».
Cofiroute
Filiale du groupe Vinci, Cofiroute exploite 1.082 km d'autoroutes dans l'ouest et le centre de la France, dont l'A11 (péage de Saint-Arnould, de Paris jusqu'au Mans) et l'A81 (Le Mans-péage de la Gravelle, à l'entrée de la Bretagne).